mardi 23 décembre 2008

On est mardi

Ben oui... on est mardi... et je devais appeler Gallimard Jeunesse pour savoir où ils en étaient avec mon manuscrit. Alors, l'éditrice voudrait le lire pendant les vacances de Noël pour se faire une idée personnelle avant de décider. J'ai demandé si je serai avertie d'une décision négative par courrier et mon interlocutrice m'a dit que non, elle m'appellerait. En fait, même si c'est non, ils se proposent de travailler avec moi, enfin, de me donner des pistes, pour que mon roman soit jeunesse ou adulte et non pas à la limite entre les deux genres comme actuellement. Mon interlocutrice m'a demandé si ça m'intéressait. Tu parles que ça m'intéresse !!! J'ai bien sûr dit oui. Et voilà... maintenant, il n'y a plus qu'à attendre la rentrée... C'est une super bonne nouvelle ! Mais qu'est-ce que j'en ai marre d'attendre ! Qu'est-ce que c'est long ! lol. Enfin, heureusement, j'ai d'autres projets à côté et ils m'occupent bien.

A bientôt pour d'autres infos

mercredi 17 décembre 2008

L'attente continue

Nouvel appel à Gallimard Jeunesse. J'ai de la chance. Mon interlocutrice est vraiment sympathique. Mon roman est toujours sur le bureau de l'éditrice en attente de traitement. La nouvelle ne devrait plus tarder. Dans le cas contraire, je rappelle mardi... Affaire à suivre, donc. Vous imaginez mon stress ?

Du côté de mon autre roman, ça se décante. Les images commencent à venir. Mon monde se construit petit bout par petit bout. J'avais oublié combien était longue cette période de gestation chez moi. Mais c'est très agréable de voir un univers se construire... J'ai cherché de nouvelles informations historiques puisque je me base sur un événement de l'Histoire, et puis, j'ai réalisé qu'il valait mieux que je fasse comme je le sentais sans "coller" à l'Histoire. Mes personnages me plaisent de plus en plus. Je me remets bientôt à la rédaction à proprement parler, encore un peu de réflexion. Après tout, rien ne presse. :)

mercredi 10 décembre 2008

Euh... peut-être que oui... peut-être que non....

Décidément, il ne faut pas croire les maisons d'édition quand elles vous disent qu'elles vous recontactent. ^^ Il vaut mieux rappeler... sinon, vous risquez d'attendre longtemps.

Prenant mon courage à deux mains, il me faut au moins les deux mains parce que je déteste vraiment le téléphone et je dois vraiment passer pour une ahurie auprès de mes interlocuteurs... Donc, prenant mon courage à deux mains, j'ai téléphoné à mon interlocutrice de Gallimard Jeunesse, histoire de savoir où en était la relecture de mon roman... Donc, mon roman a bien été lu par une troisième personne qui pense grosso modo la même chose que les deux précédentes. Ca, c'est une excellente nouvelle... Et maintenant, maintenant, cette fiche de lecture doit être remise à l'éditrice. Groumpf ! Moi qui croyais que c'était mon interlocutrice qui allait prendre une décision voire transmettre à un comité de lecture lambda... non, il y a une éditrice. Son rôle ? Savoir si on édite et dans quelle collection... mais alors, et le comité de lecture ? Bref, prise au dépourvu comme d'habitude, je n'ai pas posé les bonnes questions. J'ai demandé, quand même, si je devais voir cela comme du positif, négatif ou on ne sait pas et la dame me dit que c'est positif comme elle me l'avait dit la dernière fois. Elle a dû oublier le bémol "trop adulte" de la dernière fois... Enfin, je demande si ce sera long et non, non... ça devrait être rapide... mais je ne peux m'empêcher de me demander rapide pour quoi... on va soumettre mon manuscrit à un comité de lecture ?

Bref, je ne suis même pas heureuse de cette troisième fiche de lecture alors que je devrais l'être. Je suis juste dubitative... et je me rends compte que décidément, autant écrire me plait, autant les à côtés... je préférerais qu'un autre s'en occupe...

Je vais mettre une annonce : Ecrivain débutant recherche manager. lol

Bon, ben, y a plus qu'à attendre. ^^

vendredi 5 décembre 2008

Salto arrière et fin de la nouvelle pour Denoel

J'étais toute fière la dernière fois de la nouvelle fin de ma nouvelle et ben, j'aurais pas dû. ^^ Mes deux bêtas lecteurs préférés ont tous les deux préféré la première fin. J'ai donc fait machine arrière et je garde ma seconde idée pour une autre nouvelle ou je pourrais mieux la mettre en situation.

Voilà, les feuilles sont imprimées. Quelle galère de parvenir à mettre 60 caractères par ligne... Je suis décidément plus douée pour écrire que pour mettre en page. J'ai passé une heure à me battre avec word. Et pourtant, c'est pas du tout complexe à faire... Enfin, j'ai battu Word puisqu'au final, il a fait ce que je voulais. ^^

Sinon, j'attends la réponse de Gallimard. Comme mon interlocutrice m'avait dit d'ici la fin de la semaine prochaine et qu'on est vendredi de la semaine prochaine... mais bon, m'est avis qu'ils vont avoir du retard. Je vous tiens au courant dans tous les cas...

lundi 1 décembre 2008

Nouvelle pour Denoël terminée

Je viens tout juste de terminer ma nouvelle pour Denoël, enfin, terminer... C'est un bien grand mot dans l'écriture. Un texte n'est jamais terminé. Disons que cette version me satisfait pour le moment. Je vais la laisser reposer un peu, mais pas trop, la faire lire et revenir dessus pour la peaufiner.

Il est étrange ce texte. J'y avais songé pendant de longs mois et finalement trouvé un scénario qui me convenait. Et puis, en cours d'écriture, j'y ai ajouté un tout petit élément, un élément de décor disons. A sa relecture, un ami m'a dit avec justesse que je n'utilisais pas suffisamment cet élément et brusquement ce fut le déclic et maintenant la nouvelle repose entièrement sur cet élément, arrivé là par hasard. Le sens de la nouvelle a complètement changé et ne traite plus du sujet initial, plus vraiment, et pourtant, elle me plait telle qu'elle est. Elle coule de source. D'ailleurs, je ne me souviens pas avoir jamais écrit une nouvelle avec autant de facilité. Après, je ne sais pas si elle plaira à d'autres que moi mais j'ai pris un tel plaisir à l'écrire que si elle ne plait pas, ce n'est pas si important que ça finalement. Enfin, je dis ça maintenant... ^^

jeudi 27 novembre 2008

Acceptation de manuscrits chez Gallimard

En faisant des recherches hier sur internet, je suis tombée par hasard sur la procédure d'acceptation des textes chez Gallimard Jeunesse. J'ai appris qu'il fallait avoir trois fiches de lecture avant de passer en comité de lecture.

Citation de http://www.bienlire.education.fr/01-actualite/c-En-parle19.asp :
"Chez Gallimard, trois lectures sont effectuées avant que le texte n'arrive au comité de lecture composé d'éditeurs de la maison ainsi que d'enseignants, de bibliothécaires, de libraires, répond Catherine Bon."

Il y a donc deux étapes et je suis à la fin de la première. Je n'ai aucune idée de comment se passe le comité de lecture ni du temps que ça peut prendre pour qu'ils choisissent ou rejettent un manuscrit. Si mon texte va jusque là, j'aurais plein de questions à poser. Je le sens.

En attendant, je décompte les jours et réfléchit aux autres éditeurs que je pourrais contacter. Et surtout, je peaufine ma nouvelle pour Denoël.

mercredi 26 novembre 2008

Gallimard Jeunesse a envoyé une lettre de refus en mai

J'ai eu la réponse de Gallimard Jeunesse, ce matin. Deux bonnes nouvelles et une mauvaise.

La mauvaise est qu'ils m'ont envoyé une lettre de refus en mai. Cette lettre a dû se perdre car je ne l'ai jamais reçue. Ah, la poste !

La première bonne nouvelle est que mon interlocutrice m'a lu les deux fiches de lecture faite sur mon roman et que ça m'a fait très plaisir d'apprendre que le scénario était bien compris, que l'écriture était fluide et les idées bonnes. J'avais beau le savoir (eh eh), ça fait un bien fou de l'entendre dire par quelqu'un qui est dans le milieu professionnel. En fait, le seul reproche fait à mon roman est que ce n'est pas écrit pour la jeunesse. Gasp... Normal, je ne l'ai pas écrit pour la jeunesse mais pour des adultes. J'ai fait remarquer à mon interlocutrice que Gilles Dumay ne l'avait pas trouvé assez adulte et elle m'a expliqué que mon roman était dans l'entre deux.

La deuxième bonne nouvelle est qu'à la lecture des fiches de lecture (oui, il faut suivre), mon interlocutrice a décidé de le faire lire par une troisième personne. J'aurai le retour d'ici la fin de la semaine prochaine.

Je suis vraiment heureuse de ce coup de téléphone. Ca donne de la confiance de savoir que ce qu'on fait est bien, tout simplement bien, et agréable à lire.

lundi 24 novembre 2008

Continuité 2

En fin de semaine dernière, j'ai reçu les retours de deux de mes relecteurs préférés pour ma nouvelle pour Denoël. Merci Bernard et Alain. Je vois ce qui coince et maintenant qu'on me l'a dit, je trouve même que c'est évident. Mais le nez dans le texte, on ne voit souvent pas les défauts ni surtout, ce que ressent le lecteur. Celui qui écrit est tellement dans son histoire qu'il oublie parfois d'en donner les clefs. C'est ce que j'avais fait. L'histoire est cohérente mais manque de ce sel, de ce piment qui font la vie et les bonnes histoires. Je me remets au travail...

Dans le même temps, j'ai réalisé ce qui n'allait pas dans le début de mon nouveau roman. La mauvaise chose est que je dois le réécrire intégralement. La bonne chose est que je dois le réécrire intégralement. Je suis très contente d'être enfin sortie de ma période noire et de sentir à nouveau l'envie d'écrire me pousser en avant. Ca me manquait beaucoup.

jeudi 20 novembre 2008

Continuité

C'est encore moi... En même temps, je ne vois pas trop qui d'autre pourrait poster sur ce blog mais qui sait ? Après tout, il y a des pirates informatiques qui font pire que de poster sur des blogs qui ne leur appartiennent pas.

Les choses avancent doucement. J'ai terminé la première mouture de la nouvelle que je veux envoyer à Denoël Lunes d'Encres et elle est en phase de relecture chez deux amis. J'ai appelé chez Gallimard Jeunesse pour savoir où en était la lecture de mon manuscrit mais je n'ai pas de chance. La personne qui s'occupait de mon dossier a eu un accident. En passant, elle a encore moins de chance que moi. Je dois donc m'adresser à une autre personne mais celle-ci est au téléphone à chaque fois que j'appelle. J'ai laissé deux messages sur deux semaines. Et j'attends qu'ils me rappellent.

mardi 7 octobre 2008

Fin de la traversée du désert

Dernière publication le 19 juin... Plus de 4 mois. Ca fait une petite éternité pour un blog. Et non, les lieux ne sont pas désertés... enfin, si, un peu. Disons que j'ai eu un gros passage à vide et que je suis en train de le laisser derrière moi.

Alors, quelles nouvelles ? Ben, très peu en fait... Juste un refus de l'Atalante. Enfin, je suppose que c'est un refus puisqu'ils m'ont retourné mon manuscrit mais sans aucun commentaire. C'est dommage. J'aurais aimé savoir ce qui ne leur convenait pas, histoire de m'améliorer. Entre le moment où ils ont réceptionné mon manuscrit et aujourd'hui, ils ont créé une section jeunesse. J'avoue que je me demande si cela vaut la peine que je leur envoie de nouveau en visant cette section jeunesse. Mais bon, chaque envoi coute des sous et beaucoup de temps. C'est pas que je sois radin mais je crois que je vais m'en tenir à un refus et chercher un autre éditeur.

J'ai repris mes listes et je vais chercher l'éditeur qui correspond le mieux à ce que j'ai écrit. En attendant, je vais tâcher de mettre dans ce blog des commentaires divers sur ce que je lis ou ce que j'entends ou vois... et bien sûr, continuer à écrire !!!!

jeudi 19 juin 2008

Un mois de plus dans les dents

Aouch. Un mois de plus est passé, si lentement et si vite en même temps. Non, non, ce blog n'est pas fermé mais il ne m'arrive pas grand chose côté édition à part l'attente, encore l'attente et toujours l'attente.

J'ai été déçue par les éditions Mnémos. Celia Chazel m'avait parlé d'une réponse dans le mois et cela fait plus de deux mois de cela. J'aurais préféré qu'elle ne me fasse pas espérer une réponse rapide. J'ai envoyé un mail aux éditions pour en savoir plus. Je déteste le téléphone. Mais le mail est resté sans réponse... A suivre mais je n'y crois plus guère.

Côté écriture, ça avance doucement. J'ai attaqué le troisième chapitre de mon roman de dark fantasy et je me pose la question de savoir si je vais vraiment faire de la dark fantasy. Je crois que se dire "je vais faire tel genre" est illusoire, du moins pour moi. Mes personnages, mon intrigue, mon monde même, tout m'échappe en si peu de temps qu'un contrôle de genre empêche tout simplement l'écriture.

J'ai posté le début de ce texte chez Cocyclics car quelque chose me chiffonnait et les petites grenouilles de cette chaleureuse marre m'ont bien aidé. Ce lieu est une réelle bénédiction et il fait bon côtoyer tous ces écrivains en herbe, comme moi.

Suite au prochain numéro, que j'espère moins éloigné dans le temps.

mardi 20 mai 2008

Projets divers en attendant les maisons d'édition

Je suis paresseuse du blog... en même temps, il ne se passe pas grand chose au niveau des éditeurs. C'est frustrant... toute cette agitation alors que je n'escomptais pas de réponse avant longtemps et maintenant, ce silence... J'ouvre chaque jour ma boîte aux lettres en escomptant y trouver une lettre de refus. Quelque part, j'espère presque la trouver pour cesser d'attendre. Je ne suis pas patiente et cette attente me mine. Enfin...

Je me suis lancée dans 3 projets simultanés pour passer le temps.

La suite d'Opale, bien entendu. Je travaille sur le scénario et je suis effrayée par la taille que prend ce second monstre. C'est de ma faute, il faut dire. Je suis repartie sur le principe d'une alternance des voix et ça fait vite du volume. Ce sera un road movie, un voyage à travers les terres opaliennes, à la recherche des fameuses Sources.

Lors de mon retour mouvementé de vacances, nous avions parlé avec mon homme d'une autre idée de roman et j'ai commencé à écrire un peu. Le scénario n'est pas très complexe et s'appuie sur la vie d'un personnage historique. Je n'en dirai pas plus pour l'instant. Vexée sans doute ou inquiète qu'Opale soit de la littérature jeunesse contre mon gré, j'ai décidé d'écrire de la Dark Fantasy. On verra ce que ça donne. Ce sera court en tous cas... J'espère !

Sinon, j'ai vu que les éditions Denoël, encore elles, lançaient un appel à textes pour la prochaine anthologie Escales. Un appel à textes ouvert aux débutants ! J'ai une idée et j'ai commencé à faire des recherches sur internet. Je sens que je vais mettre un temps fou à écrire ce texte mais je me suis fixée la barre très haut, un peu normal pour Escales. Les textes seront sélectionnés par Serge Lehman et j'ai lu qu'il aimait Greg Egan. Ca tombe bien... Moi aussi. Je vais tâcher. C'est beau l'espoir ! Mais après tout, si on n'essaye pas, si on ne se fixe pas des objectifs qui semblent irréalisables au premier abord, on n'arrive à rien. Haut les coeurs !

Voilà, vous savez tout... ou presque.

dimanche 11 mai 2008

Les Tours de Grendsham

Ce matin, grasse mat. J'étais en train de lire mon Bifrost, tranquillement installée dans mon lit, quand mon coeur a fait un bond dans ma poitrine. Une critique d'Esprits Mutants 2, l'anthologie du pde. J'y ai participé avec une nouvelle : "Les tours de Grendsham". Je fais une courte pause et tourne la page pour voir si mon nom y apparait. Après tout, on était nombreux à participer. Et oui, mon nom est là ! Je lis la critique et éclate de rire. Je vous la livre.

"Dans les "Tours de Grendsham" à trop s'inspirer de Lovecraft (référence explicitement revendiquée), Bénédicte Taffin multiplie jusqu'à la nausée les adjectifs aussi creux que ronflants du style "innommable, inhumain, obscène, écoeurant, répugnant, abominable, démoniaque, exécrable, immonde, glauque, malsain..."; le récit en devient vite illisible."

Je vais vous expliquer le fin mot de l'histoire. Esprits mutants est une anthologie basée sur les ateliers d'écriture. Je vous le recommande d'ailleurs. Vous pouvez vous en procurer un exemplaire en passant par la boutique du pde, ici : http://presences-d-esprits.com/Boutique/index.php.

Le thème de l'atelier d'écriture auquel j'ai participé avait pour sujet : "Ecrire comme", et à notre disposition, nous avions notamment Lovecraft comme auteur. Je n'aime pas Lovecraft, du moins ses nouvelles d'horreur. J'ai toujours trouvé ses fins mal fichues et son syle trop lourd, notamment à cause des adjectifs précités. Je suis un peu tarée. Si si. Au lieu de prendre un auteur que j'aimais, j'ai décidé de faire du Lovecraft et la nouvelle "Les tours de Grendsham" est née.

La critique de Pierre Stolze est mauvaise mais elle prouve que j'ai parfaitement réussi mon exercice de style. Ca ressemble à du Lovecraft. Du coup, ça me fait plaisir. Peut-être n'aime-t-il pas Lovecraft, comme moi. :) Je sais que certains ont apprécié ce texte. Eux, par contre, devaient aimer Lovecraft. Comme quoi, il en faut pour tous les goûts.

Bref, je suis ravie de voir mon nom dans Bifrost même si ce n'est pas pour m'encenser. ^^

jeudi 8 mai 2008

Le chevalier de Wieldstadt

Ca fait un bon moment que je n'ai rien posté ici. Il faut dire qu'il ne se passe pas grand chose à part l'attente, la perpétuelle attente. Et puis, il y a d'autres raisons. Il fait beau et j'avoue profiter du soleil au lieu de rester devant mon écran.

Et j'ai été happée par l'univers de Pierre Pevel et du Chevalier de Wieldstadt. J'ai lu les 3 romans et je ne peux que vous les conseiller chaudement. C'est de la Dark Fantasy matinée d'enquête policière. Le héros est un personnage triste, taciturne et tourmenté, incapable de montrer ses sentiments aux autres et pourtant attachant. Les combats sont flamboyants, décrits avec brio par Pierre Pevel et l'intrigue, palpitante, même si elle a parfois un peu de mal à se mettre en place, ne vous permet plus de lâcher le bouquin une fois lancée. Et c'est ce qui m'est arrivée avec les trois romans. Je les ai lus très rapidement et cela faisait longtemps que je ne m'étais pas autant régalée. Si vous en avez l'occasion, jetez vous dessus !

mercredi 23 avril 2008

Retour de vacances mouvementé

Je suis rentrée de vacances. Je n'apprendrai rien à personne en disant que c'est bien les vacances ! Le début du retour fut un peu rude. Un automobiliste trouvant que je ne me rabattais pas assez vite à son gout sur l'autoroute a joyeusement balancé ses trois canettes de bière sur notre voiture. Je voulais porter plainte et j'ai soigneusement noté sa plaque d'immatriculation mais je n'ai pas eu le temps aujourd'hui et je doute que ce soit utile...

Ce matin, j'ai appris que je ne faisais pas partie des sélectionnés pour le prix pépin mais je vous engage à y aller et à voter. Les textes sont excellents ! Le lien est sur mon site alors n'hésitez pas à vous faire plaisir.

Cet après midi, j'ai reçu un coup de téléphone d'Hélène Charles-Kroës des éditions Gallimard Jeunesse. L'un de ses lecteurs a aimé mon manuscrit et le lui a fait savoir. Elle m'a appelée pour me le dire et me demander où j'en étais avec les autres maisons d'édition. Mais ne sautez pas encore de joie, rien n'est encore fait, même si ça me fait un plaisir immense d'être lue et appréciée. Mon manuscrit doit encore être lu par deux autres lecteurs et passer le comité de lecture où l'avis doit être unanime. Il faut compter plusieurs semaines. Je n'en reviens toujours pas et n'arrive pas à réaliser. Tout ce que je retiens c'est que j'ai dû paraître bien bête au téléphone. J'étais si stupéfaite...

La suite... bientôt j'espère.

mercredi 16 avril 2008

Diable Vauvert

Je savais que ça allait arriver. Et pourtant, c'est tout de même désagréable...

A peine écrit mon dernier post ici même que je reçois une réponse négative du Diable Vauvert. Le sieur Mandy m'a expliqué que ni mon écriture ni mon histoire n'avaient emballé les diablotins. Du coup, j'ai une petite baisse de moral mais bon... il ne faut pas que je m'attende à recevoir plein de réponse positive. En fait, une seule me suffirait. :)

Préparation de la suite

Forte des bonnes nouvelles apportées par Gilles Dumay et poussée par mes relecteurs et mon homme, je me suis attaquée au scénario de la suite d'Opale et je rame sérieusement. Ce n'est pas les idées qui manquent et je sais où je veux aller mais il y a beaucoup de personnages à gérer et me passer de l'un ou de l'autre me fait trop mal au coeur. J'en ai dénombré 24 ! Ce n'est pas rien et ça ne prend pas en compte les personnages qui devraient apparaitre dans ce second tome. En conclusion, il va me falloir faire des choix et laisser de côté certains. Ca me rend un peu triste.

Dans ma petite tête, j'ai en fait des idées pour 3 tomes. J'ai donc décidé d'écrire tous les scenarii avant de me lancer dans l'écriture du tome 2. J'ai un peu de mal parce que je préfère nettement écrire à rédiger des scenarii mais je sais, pour avoir déjà essayé avec le premier tome, que sans scénario, je n'irai nulle part. Je retrousse donc mes manches et zhou... au boulot. :)

A partir de ce soir, je suis en vacances. Nous partons quelques jours. J'en profiterai pour travailler sur mon scénario et rien de tel que les nouveaux paysages pour vous donner des idées nouvelles.

Je vous dis donc à bientôt.

dimanche 13 avril 2008

Mnémos et Nestiveqnen

Tout s'est passé très vite et je n'ai même pas eu le temps de mettre mon blog à jour. Jeudi après midi, j'ai pris mon courage à deux mains (il fallait au moins ça), et j'ai téléphoné à Celia Chazel de Mnémos sur les conseils de Gilles Dumay. Après une explication embrouillée et rapide de ma part, l'éditrice de Mnémos a décidé de mettre mon manuscrit dans les prochaines lectures prévues et de me donner une réponse dans le mois. Elle m'a expliqué que si mon roman était trop jeunesse, cela ne conviendrait pas à sa maison d'édition. J'ai insisté sur le fait que pour moi, ce n'était pas une oeuvre jeunesse. Maintenant...

J'ai également contacté Chrystelle Camus de Nestiveqnen par mail, vendredi.

Et depuis, après réflexion et discussion, j'ai enfin compris en quoi mon roman était un roman jeunesse. J'en déduis donc qu'il sera refusé par les éditions Mnémos. Il aura certainement plus de chance chez Gallimard Jeunesse. Mais au cas où cela ne fonctionnerait pas, et si je ne reçois que des réponses négatives, il ne me resterait plus qu'à essayer les maisons d'édition jeunesse.

Le temps est à l'espoir. :)

jeudi 10 avril 2008

Coup de téléphone

Wahou ! Je n'en reviens toujours pas. Ce matin, j'ai reçu un coup de téléphone de Gilles Dumay. J'en ai déjà un peu parlé. Je l'ai rencontré au salon du livre. C'est le responsable de la collection Lunes d'Encre chez Denoël. Et donc, il m'a appelée, moi, pour me dire que le comité de lecture avait eu un avis très favorable pour les Yeux d'Opale. J'en revenais pas. Gilles Dumay est aussi connu sous le nom de Thomas Day et dans les colonnes du magazine Bifrost, il n'est pas le dernier pour faire des critiques acerbes de ses lectures. Et il m'avait bien dit au salon du livre qu'il faisait les lectures lui même. Wahou ! C'est dingue le plaisir que ça fait de savoir que ce que vous avez écrit plait à un complet inconnu (il ne cherche pas à vous faire plaisir) et qui plus est un inconnu avec un sens aigü de la critique. Bref, j'étais aux anges.

Mais bon, je ne serais pas éditée par Denoël. Il s'avère que ce que j'ai écris n'est pas assez adulte pour la collection Lunes d'Encre. Du coup, Gilles Dumay l'a transmis à Catherine Bon des éditions Gallimard Jeunesse. Y a plus qu'à attendre. Il m'a parlé de deux à trois mois. J'ai une petite gêne pour cette maison d'édition. Ils ont publié de grands titres comme Harry Potter et Narnia et ce serait génial pour moi d'y être éditée... mais c'est une énorme société et mon roman ne se voulait pas une oeuvre de jeunesse à la base. J'ai peur que la suite prévue ne cadre pas avec la collection.

On a aussi parlé des autres maisons d'édition à qui j'ai envoyé mon roman et Gilles Dumay me disait que dans le lot, l'Atalante serait certainement les plus intéressés. J'ai parlé de Mnémos pour ma part car elle a ma préférence et il m'a conseillé de les contacter pour leur faire part de son avis à lui. Je vais tâcher de prendre mon courage à deux mains. Moi qui suis hyper timide...ça va pas être du gâteau.

Comme d'habitude, je vous tiens au courant et au passage, un gros bisou à Maïra qui est vraiment un amour de me soutenir comme elle le fait.

jeudi 3 avril 2008

Prix pépin 2008 clôturé

Le prix pépin 2008 est clôturé et les nouvelles sont analysées par l'équipe de sélection. Ca risque de prendre un peu de temps vu le record de nouvelles reçues. C'est bien de voir que ce sympathique prix prend un peu plus d'ampleur chaque année. J'y ai de nouveau participé mais comme d'habitude, je n'ai strictement aucune idée de la qualité de ce que j'ai fait. Est-ce que ça va être jeté à la poubelle dès la première sélection ? Mystère... mais je vous tiendrai au courant. :)

samedi 29 mars 2008

La centième !

La centième, ça se fête ! Cent personnes qui sont venues lire mon blog ! Enfin, non, il faut retirer de ce nombre mes propres venues et ensuite, il y a ceux qui ont eu le courage de venir plusieurs fois mais bon, on va pas pinailler. Cent, ça se fête ! Mais j'avoue ne pas trop savoir comment...

Il y a peu, j'ai réalisé que ce blog ayant été créé pour l'édition de mon roman et l'avancée des choses, il était voué à ne parler que de ça. Le souci est que, dans ce cas, je ne poste plus avant plusieurs mois. Aussi, je vais vous parler un peu de mes lectures...

En ce moment, je lis "Axiomatique" de Greg Egan, un recueil de nouvelles de SF pure et dure. L'auteur a non seulement le talent d'écrire des histoires mais il a aussi la culture et l'intelligence nécessaire à décrire des processus physiques extrémement complexes de telle manière qu'ils soient compréhensibles pour les lecteurs lambdas que nous sommes. Pourtant, même sans ces explications techniques, ses nouvelles seraient fabuleuses. Qu'on nous explicite quels sont les phénomènes qui permettent au héros de voir dans le futur ou de passer d'un monde parallèle à un autre n'a finalement que peu d'importance. La nouvelle s'en passe aisément. Ce qu'il reste alors est le coeur de la nouvelle et pour moi, le coeur de la SF : L'homme.

Il existe plusieurs types de SF et je ne parle pas de genre, je ne parle pas de Space Opera ou de Hard Fiction mais bien de types de SF. Il y a celle où la technique est au coeur de l'univers créé et il y a celle où l'homme est au coeur de l'univers créé. Dans mon cas, c'est cette dernière qui m'intéresse. Et vous ?

vendredi 28 mars 2008

Rien de neuf

Rien de neuf sous le soleil mais bon, c'est un peu normal. Les éditeurs viennent à peine de le recevoir et ce ne doit pas être les manuscrits qui leur manquent.

J'imagine l'arrivée des manuscrits chez l'éditeur. D'abord, la petite camionette jaune qui s'arrête devant les locaux, le facteur qui entre dans les locaux, les bras lourdement chargés d'enveloppes de format A4 plus ou moins remplies, et le petit soupir de la ou du réceptionniste à la vue de la masse qu'il ou elle empile sur ou près d'une pile déjà existante du courrier de la veille ou de l'avant veille. L'éditeur ou éditrice qui sort de son bureau et jette un oeil maussade à ce déploiement anti écologique de papier. Là aussi, il doit y avoir un petit soupir, une sorte de lassitude. 80 % de manuscrits bons à jeter car plombés par des fautes d'orthographes ou tout bonnement incompréhensibles... 80 % de premières pages à lire alors qu'on sait déjà pertinemment qu'on va y perdre son temps. A mon avis, ça doit calmer d'emblée. Un petit sourire à la réceptionniste. Un petit café qu'on se fait apporter ou qu'on se fait soit même en fonction de la taille de la maison et hop, l'éditeur ou trice se met au travail.

Et égoïstement, moi, tranquillement assise dans mon fauteuil, j'attends, m'impatiente, imagine, suppute, dramatise ou euphorise, consulte ma messagerie plusieurs fois par jour même si je sais pertinemment qu'il est trop tôt. On ne se refait pas...

Je vous laisse. J'ai un Greg Egan qui m'attends dans mon lit... enfin, un livre de Greg Egan sur ma table de nuit. A demain.

samedi 22 mars 2008

Envoi

Et voilà. Aujourd'hui était le jour d'un envoi massif aux maisons d'édition qui m'intéressaient. C'était bien lourd... près de 8kg pour les 4 exemplaires expédiés. Il n'y a plus qu'à attendre maintenant... enfin, plus qu'à... :) J'ai commencé à travailler sur la suite, sans même savoir si ce premier opus fonctionnerait. Je fais des recherches sur internet et ma foi, c'est assez passionnant et cela ouvre plein de perspectives pour la suite.

Quelques détails sur le roman expédié : les Yeux d'Opale.

Si vous avez lu les deux premiers chapitres, vous avez déjà dû comprendre que le thème du roman est la rencontre entre deux sociétés opposées. D'un côté, il y a Opale, planète moyenâgeuse sous la domination d'un ordre religieux, l'Ordre de Zahulam. Et en face se trouve Onyx, une utopie technologique dirigée par des IAs. La rencontre se fait suite au départ d'Onyxiens pour Opale. Je ne dévoilerai pas les circonstances de cette rencontre.

L'action se déroule avec le point de vue d'Onyxiens ou d'Opaliens tout au long du roman mais en majorité sur la planète Opale. Elle est étrange cette planète par la présence de son ordre religieux mais surtout la présence de chimars, ces êtres qui ne font pas partie de la norme. Ceci est le deuxième thème du roman : la différence au sein d'une société normalisée.

J'espère que ça vous donne envie d'en savoir plus... :)

mercredi 19 mars 2008

Deuxième chapitre

Cycle 162 - Jour 3745



Rapport de l'entité 673240B – Identifiant 37450001
Infiltration du groupe test 8976BH : 95 %
Risques encourus : 0.0005 %
Indice psychologique des individus : 99.9 %
Capacité d'action : 98.7 %


L'aéro passa à moins de cinquante mètres du toit du building. Angus poussa un cri de joie à la vue des chiffres. L'intelligence de bord ne s'était même pas signalée. Il reporta son attention sur l'extérieur. Droit devant lui, se dressait le quadrilatère de Milta, un conglomérat d'un kilomètre de haut sur dix de côté. Angus piqua vers lui, grisé par la vitesse. Les contours des quatre gigantesques tours qui en formaient les coins se dessinèrent peu à peu. Entre elles, des centaines d'immeubles emplissaient l'espace, reliés par des flots continus de véhicules aériens, de longues files indiennes qui zébraient le ciel et constituaient un réseau complexe. Angus repéra une ouverture dans l'entrelacs et poussa les moteurs à fond. Il se rapprochait rapidement et put bientôt discerner les engins volants les uns des autres. Certains traversaient parfois sa route, loin devant lui.
— Votre attention. Le risque de collision atteint cinquante et un pour cent. Veuillez modifier votre trajectoire.
Angus sursauta. Il avait presque oublié la présence de l'intelligence de bord. Il jura entre les dents. Il avait besoin de toute sa concentration pour effectuer la manœuvre.
— Votre attention. Le risque de collision atteint cinquante neuf pour cent. Veuillez modifier votre trajectoire.
Le jeune homme ignora le message. Entre ses mains moites, les commandes devenaient glissantes. Il déglutit bruyamment. Je vais passer. Je vais passer.
— Votre attention. Le risque de collision est de soixante-sept pour cent. Veuillez modifier votre trajectoire ou le pilote automatique s'enclenchera dans dix secondes. Neuf. Huit…
Angus pesta. Pas le pilote auto ! Il était encore éloigné de cinq cents mètres du premier aéro quand le décompte prit fin. Les commandes devinrent inertes sous ses doigts et l'appareil reprit de l'altitude. Sous le coup de la colère, le jeune homme frappa la console du poing. Une musique apaisante emplit aussitôt l'habitacle. Angus se laissa aller dans son siège. A quoi bon ? L'aéro vira et prit place dans l'une des files.
— Quelle est votre choix de destination ?
Angus serra les dents. L'intelligence de bord lui tapait sur les nerfs. Dépité, il observa l'extérieur au travers des parois transparentes. Un gamin de deux kilojours pourrait franchir le quadrilatère de Milta sans problème ! Si seulement, on me laissait essayer. Il soupira.
— L'université… Emmène-moi là-bas…
Riel doit y être. Il vérifia rapidement sur son bracelet que son ami s'y trouvait bien, afficha les disponibilités pour les cours de cosmogonie et s'inscrivit à celui qui démarrait trois quarts d'heure plus tard. Quelques instants plus tard, son aéro quittait la file, accélérait et prenait la direction de l'université, bâtie dans l'unique espace vert de la région : le parc de Gangue, toujours bondé malgré sa superficie de huit hectares. Riel, qui avait choisi d'étudier l'Histoire et la Linguistique, lui avait expliqué qu'à l'origine, l'université était un lieu exclusivement dédié à l'étude. Des cours y étaient dispensés par des êtres humains à de jeunes écoliers et un diplôme ponctuait la fin des études. Rien à voir avec ce qu'elle était devenue : un lieu de divertissement. L'enseignement y avait toujours sa place, par l'entremise des androïdes, mais les leçons étaient dispensées individuellement et il n'y avait aucun examen. On y allait pour se faire plaisir, pas pour devenir un expert. Angus avait choisi d'étudier la cosmologie, la planétologie et l'exobiologie. Cela convenait à son tempérament rêveur. Entre ses mains, les équations qui régentaient les trajectoires de planètes ou d'étoiles prenaient vie. Il modelait des mondes nouveaux : des planètes géantes tournoyant autour d'étoiles doubles, sur lesquelles s'ébattaient des monstres au corps écailleux et à la mâchoire proéminente ; des mondes paradisiaques où soufflaient continuellement des alizés et dont les habitants ne connaissaient que la paix des océans à bord de leurs villes flottantes ; des mondes de feu et de soufre peuplés de bulles d'air aussi intelligentes qu'une IA… Tout devenait possible et Angus n'était jamais à court d'idée pour décrire une race extraterrestre, son environnement, sa culture. Il rêvait de quitter Onyx pour aller contempler de ses propres yeux ces races étrangères qu'il avait inventées, bien que jusqu'ici nulle trace d'intelligence extrahumaine n'ait jamais été découverte lors des colonisations IAs.
— Totale transparence, ordonna-t-il.
Les parois disparurent. Il put contempler la ville. A plusieurs centaines de mètres sous lui défilaient les sommets des buildings de la mégalopole. Il sourit. Riel se moque de mon vertige mais il ne supporterait jamais une telle vue. Comme la grande majorité des Onyxiens, son ami aimait voyager dans un habitacle opaque, regardant un quelconque programme télévisé pour lui faire passer le temps, sans jamais vouloir jeter un œil sur l'extérieur. Angus, au contraire, se plaisait à s'immerger dans cette vision abyssale, imaginant qu'il volait par-dessus les toits, sans aucune contrainte.
Le parc de l'université apparut et l'aéro prit une trajectoire descendante rapide. Les douces pentes herbeuses se rapprochèrent. Angus distingua des groupes disséminés un peu partout, prenant le soleil, discutant ou jouant à la balle. Le tarmac sombre de la piste d'atterrissage monta à sa rencontre. Un léger frémissement avertit le jeune homme qu'il avait atterri, confirmé par l'intelligence de bord.
— Vous êtes arrivé à l'université.
Angus se leva. La porte s'ouvrit alors que les parois retrouvaient leur opacité. Le jeune homme sortit et s'écarta promptement, alors qu'un homme pénétrait dans l'appareil. Angus quitta la zone de sécurité de l'aéro. L'appareil décolla aussitôt, l'ébouriffant au passage. Un nouvel engin se présenta, resta posé juste le temps de déposer ses passagers, décolla et fut aussitôt remplacé par un autre. Le va-et-vient était incessant, le vacarme effroyable. Le sol goudronné vibrait en continu sous les pieds des milliers de voyageurs.
Angus prit place dans la longue file qui s'égrenait vers la sortie, croisant ceux qui, dans le sens inverse, attendaient un aéro-taxi. L'étroitesse des voies, imposée pour des raisons de sécurité, causait des embouteillages à toute heure du jour ou de la nuit.
Son bracelet se mit à biper. Riel se trouvait derrière lui. Angus se dégagea de la procession et attendit que son ami le rejoigne. Ils s'étreignirent un bref instant et main dans la main reprirent leur lente progression vers la sortie.
— Je me demande quand notre gouvernement va se décider à agrandir, fit Riel.
Angus grimaça.
— Elles, tu veux dire…
Son ami éclata de rire.
— Elles, le gouvernement, quelle différence ?
Angus lui jeta un regard peu amène. Riel dévia sur un sujet moins délicat : les bottes à boucles. Grâce à son bracelet, il en avait obtenu une superbe paire la veille au soir.
— Qu'en dis-tu ? demanda Riel, en désignant ses pieds.
Angus leur jeta un vague regard blasé, acquiesça à regret. Riel était toujours vêtu à la dernière mode et cela avait le don de l'agacer. Qu'on puisse passer autant de temps pour s'habiller ! Il y a tant d'autres choses à faire !
— Elles te vont à ravir…
— Je vais avoir un succès monstre ce soir.
Angus sourit légèrement.
— Tu as toujours du succès Riel.
Son ami avait à son actif de nombreuses conquêtes féminines et masculines. Tous craquaient pour son allure décontractée, la beauté de ses traits, sa gaieté naturelle et surtout l'ambre de ses yeux. Sa couche ne restait jamais vide. Ses plus grandes passions ne duraient guère plus d'une dizaine de jours, vite remplacées par d'autres. Angus faisait figure de timide en comparaison, privilégiant la discussion au sexe.
Ils franchirent enfin le seuil de la bulle-silence, qui entourait l'aéroport et garantissait un calme relatif au parc, et atteignirent la plaine herbeuse. Quelques bosquets d'arbres, des massifs de fleurs, de petits ruisseaux enjambés de ponts délicats l'agrémentaient. Une foule nombreuse parcourait les allées. Des jeunes gens s'étaient octroyé un carré de pelouse et s'évertuaient à donner des coups de pieds dans une balle pour lui faire franchir un faisceau lumineux généré par deux robots. Des supporters les encourageaient ou les huaient. Le score holographique flottait en chiffres rouges et verts à deux mètres du sol.
Angus et Riel s'arrêtèrent pour observer des joueurs, récoltant grommellements et bousculades.
— Une nouvelle variante du bolgey ? questionna Angus.
— Oui, et elle est vraiment pas mal. Tu peux me croire ! J'y ai joué hier. Ca te dit une partie ?
Angus secoua la tête, l'air peiné.
— Je ne veux pas jouer à cette version, ni à une autre. Riel, Tu ne te rends pas compte ? Nous n'inventons plus rien ! Cette version, je ne sais pas comment vous l'appelez…
— Roltey, l'interrompit Riel.
— Oui et bien ce roltey, je suis sûr qu'il existe des tas d'autres noms pour ce jeu et qu'il a déjà été inventé des dizaines de fois au cours des derniers siècles.
Riel soupira ostensiblement.
— Angus, tu n'es vraiment pas drôle. Tu es toujours en train de nous seriner la même chose. Et toi, tu crois que tu inventes quelque chose ? Je t'entends surtout critiquer. Tu devrais t'amuser au lieu de réfléchir. Laisse ça aux IAs. Elles sont là pour ça. Maintenant, si tu permets, une petite partie de roltey, ce bon vieux sport, m'intéresse davantage qu'une nouvelle conversation avec toi. A plus.
Riel le laissa et se dirigea d'un pas vif vers le groupe de supporters. Il fit l'accolade à chacun et alla embrasser une blonde. Angus se détourna et se dirigea vers le plus proche bâtiment. L'université était composée de plusieurs immeubles disséminés dans le parc. Chacun d'eux abritait salles de cours, bibliothèques, ateliers et laboratoires et accueillait les élèves quelle que soit la matière étudiée.
A son entrée dans le hall, son bracelet lui indiqua l'ascenseur qu'il devait prendre parmi la dizaine disponible. Il se fraya un passage parmi la foule et pénétra dans la cabine avec une vingtaine d'autres personnes. D'une légère vibration, son bracelet l'avertit qu'il avait atteint son étage. Jouant des coudes, il descendit.
Il se retrouva dans un large couloir, fortement éclairé. Des robots-fauteuils, lévitant à une cinquantaine de centimètres au-dessus du sol, y transportaient hommes et femmes. Légèrement basculés en arrière pour assurer la stabilité de leur passager, ils empruntaient le milieu du couloir laissant les côtés aux rares piétons. L'un d'eux, sans passager, vint à sa rencontre.
— Puis-je vous conduire à votre salle de cours ?
— Sans façon, répondit sèchement Angus.
Sa destination se trouvait à peine à cinquante mètres. Et il le sait ! Utiles pour de longues distances, Angus ne leur trouvait aucun sens pour de courtes distances. Ils ne devraient même pas poser la question. Le robot s'adressa à une jeune fille tout proche. Elle s'empressa de s'installer. Angus la vit s'arrêter avant sa propre salle et descendre du fauteuil, ravie. Il secoua la tête, agacé, et avança avant qu'un nouveau robot ne vienne lui proposer de l'emmener. Il s'efforçait toujours de se débrouiller sans eux et ne comprenait pas que tous ne fassent pas de même. Ce besoin d'utiliser ces machines le mettait mal à l'aise, sans qu'il sache exactement pourquoi. Riel se moquait de lui quand il en parlait.
— Les robots sont là pour nous aider, Angus. C'est normal qu'on s'en serve.
— Mais ils n'ont qu'à faire quelques pas pour rentrer dans leur salle. Je suis sûr que s'il n'y avait pas de robot, ils seraient incapables de la retrouver.
— Tu exagères toujours. Si tu ne veux pas les utiliser, ne les utilise pas ! Mais n'en dégoûte pas les autres. Tu voudrais vivre dans un monde sans robot ?
— Non, tu ne me comprends pas...
Angus avait plusieurs fois tenté d'expliquer son malaise à son ami, sans succès. Les mots lui faisaient défaut. Il avait tout pour être heureux : une totale liberté, des cours qui l'enchantaient, des amis, des fêtes. Il déciderait sans doute bientôt de faire un enfant. Quelques hommes et femmes le lui avaient déjà proposé mais il ne se sentait pas encore prêt. Il pouvait même quitter Onyx pour une planète nouvellement colonisée s'il le désirait. Mis à part le surpeuplement, il ne voyait rien qui pourrait l'attrister ainsi et pourtant, il n'était pas heureux. Il ne se sentait tout simplement pas à sa place dans ce monde.
Parvenu à sa salle, il décida de prendre un limofrais, en attendant l'heure du cours. Il choisit l'icône de la boisson sur son bracelet. Le plateau-robot fit son apparition quelques secondes plus tard, rasant le plafond, et descendit face au jeune homme. Angus se saisit du verre transporté et commença à en siroter le contenu. Le robot repartit vers le fond du couloir.
Un groupe de cinq personnes se forma un peu plus loin. Comme lui, ils attendaient le cours de cosmologie. Angus connaissait certains de vus mais pas tous. Il consulta son bracelet. Les informations défilèrent sur son écran, lui apprenant l'âge, le domaine d'étude et le quartier d'habitation de chacun. Un petit descriptif personnel lui était également accessible. Il faudrait que je revoie le mien. Rien ne l'attirait spécialement chez eux et il laissa son bracelet répondre par la négative à leurs propositions de venir les rejoindre. Il choisit l'icône du journal local et passa en mode holographique. Images et textes s'affichèrent dans les airs entre le mur et lui : fêtes, événements sportifs, informations des quartiers, mesures gouvernementales, pages de mode, potins sur les personnalités connues du moment, publicités incitant notamment à venir suivre les nouveaux traitements de rajeunissement. Pourquoi ont-ils besoin de faire de la publicité ? Tout le monde connaissait et utilisait ces soins. Suivant la mode en cours, l'âge, il fallait modifier son apparence. Même son père qui ne se souciait guère de son aspect avait fait éliminer ses rides. Angus, lui, avait fait retailler les lobes de ses oreilles, sur les conseils de Riel.
Le limofrais terminé, Angus jeta le verre vide au sol. Un petit robot-ramasseur glissa jusqu'au déchet et l'avala d'une seule bouchée. La porte de la salle de classe s'ouvrit sur six élèves qui s'égaillèrent sur des robots-fauteuils. Angus entra, suivi par le reste du groupe, et s'installa devant l'un des pupitres. Le cours était assuré par un androïde. Sans son visage de métal, l'être mécanique aurait aisément pu passer pour un humain. Une rumeur persistante voulait que la plaque masque une figure humaine, les IAs désirant que les hommes ne soient pas confrontés à la présence d'un être aussi identique à eux-mêmes et pourtant si différent. La majorité des cours étaient donnés par des androïdes. Peu d'humain était enclin à le faire et encore moins à les écouter. La machine avait l'avantage de pouvoir répéter inlassablement les mêmes explications et de s'adapter au rythme de chacun de ses élèves. Les groupes se modifiaient d'une session à l'autre en fonction de l'apprentissage de chacun. Ainsi, Angus progressait vite et changeait régulièrement de niveau. L'écran holographique de son bracelet afficha ses icônes de travail. Le cours débuta et il fut bientôt totalement absorbé par les équations mathématiques.
— L'heure est terminée, monsieur.
Angus releva la tête, intrigué.
— Ah, euh oui…
Il ne s'était même pas rendu compte du temps passé. Il enregistra les données de son bureau et sortit de la pièce. Les autres élèves avaient déjà disparu. Angus pesta et vérifia sur son bracelet qu'il n'avait pas trop dépassé le temps attribué pour la cosmologie. Il constata avec soulagement qu'il avait travaillé une heure pile. Il était dangereux de passer plus de temps à un tel niveau de mathématiques. Les IAs préconisaient une heure toutes les quatre heures. Heureusement, l'androïde professeur était là pour vérifier que les consignes étaient bien respectées. Un robot-fauteuil se posa près de lui. Angus déclina son offre, regrettant une fois de plus de ne pas avoir la possibilité de lui faire savoir d'avance qu'il n'avait pas besoin de lui. Elles devaient l'avoir interdit pour d'obscures raisons. Il décida de rejoindre Riel. Il devait avoir terminé sa partie.
Il le retrouva, étendu sur l'herbe en compagnie d'une jeune femme rousse.
— Je ne vous dérange pas ? demanda Angus en s'asseyant près d'eux.
— Non, j'allais justement partir, répondit la jeune femme.
Elle embrassa Riel avec passion, se releva et s'en fut. Riel la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle disparaisse dans la cohue.
— Elle est épatante, tu sais ?
Angus haussa les épaules.
— Comme toutes les autres…
— Ouais… Et ton cours ?
— Comme d'habitude, des équations à la dizaine. Et toi, tu comptes aller voir ce que devient la linguistique, aujourd'hui ?
Angus s'allongea aux côtés de Riel.
— Non, pas aujourd'hui. La linguistique devra m'attendre encore un peu.
Des nuages floconneux dérivaient lentement au-dessus de leurs têtes, leur blancheur pigmentée de nombreux points noirs : les aéros.
— Tu es sûr que tu veux devenir linguiste un jour ? Tu ne vas pratiquement pas en cours ces derniers temps.
— Linguiste ? Tu comptes devenir cosmologue, toi ? Ne dis donc pas de bêtise ! Tu sais bien que c'est juste comme ça, pour passer le temps, et en ce moment, Lise m'occupe suffisamment. Une petite partie de roltey ?
Angus fit la grimace.
— Je n'ai pas changé d'avis sur ce sport. Mais je ne vais pas à nouveau t'ennuyer avec tout cela…
Il ne comprendra jamais ce que je ressens. Il se leva.
— Je rentre. A demain.
— Tu ne viens pas à la soirée ? demanda Riel en roulant sur le côté pour observer son ami. Tu fais la tête ?
— Non, non. Le commandant et moi, on se fait une petite virée entre nous. Tu sais, c'est notre anniversaire. Je viendrais faire la fête demain. Bye !
Angus se dirigea vers la piste d'atterrissage, pianotant sur son bracelet pour réserver un aéro-taxi. Avec un peu de chance, j'y serai dans une demi-heure.
Il ne passa pas l'aéro en pilotage manuel. A quoi bon ? L'intelligence de bord déciderait de me reprendre les commandes au moindre prétexte. J'aurais peut-être mieux fait d'apprendre l'informatique. J'aurais peut-être pu empêcher le déclenchement du pilote automatique… Je sais bien que non. Ce n'est pas possible. Elles ont dû prévoir ce cas. Elles ne le permettraient pas. Ses pensées se tournèrent vers ses parents. Elles sont si intelligentes et pourtant mes parents sont morts à cause d'Elles. Une panne d'intelligence de bord…
L'accident s'était produit quatre kilojours plus tôt. Il n'avait alors que dans les cinq kilojours. Les IAs avaient statué sur une exceptionnelle panne de l'intelligence de bord. Elles avaient parlé de perturbations d'origine électromagnétique mais il était resté sceptique. L'aéro avait filé tout droit vers une falaise, en bordure de la mer que ses parents survolaient. Son père avait réussi à prendre les commandes manuelles mais trop tard pour éviter le crash. Angus avait été le premier orphelin depuis des siècles. Elles avaient dû chercher dans Leurs bases de données, Leur mémoire, pour savoir que faire en pareille circonstance. Angus était un cas à part. Ses parents avaient toujours refusé de lui octroyer un robot-nounou. Il était seul au monde. Quand Elles avaient parlé d'adoption, le commandant Vince s'était proposé. Il était un vieil ami de son père et avait toujours refusé la procréation. Angus était un cadeau.
Le jeune homme se rappelait leur toute première rencontre. Personne ne s'était décidé à lui avouer la mort de ses parents mais il voyait des larmes couler sur bien des visages. Des robots-psychologues, vêtus de leur longue blouse blanche, l'entouraient, formaient une sorte de rempart entre lui et le monde. Vince avait traversé leur rang et lui avait annoncé le décès de ses parents. Angus était resté de marbre, incapable d'éprouver la moindre émotion. Ce n'est que trois jours plus tard qu'il s'était effondré, en larmes, dans les bras de Vince, réalisant seulement alors la perte de ses parents. Quatre kilojours s'étaient écoulés depuis et les liens qui unissaient les deux hommes s'étaient renforcés. Ce soir, ensemble, ils commémoraient leur vie commune, fêtant leur première sortie en tant que père et fils.
Ils étaient allés visiter la Tour Intellart, le spatioport d'Onyx. Angus, alors enfant, avait été subjugué par le gigantisme du monument, ses formes élancées, les colonnes qui en soutenaient le porche, la kyrielle de sculptures qui enserraient la façade.
— L'extérieur est identique au spatioport originel créé par l'homme, il y a de cela des megajours, lui avait expliqué Vince. Les statues seules ont été ajoutées. Elles représentent les pionniers, je crois. Quand Elles colonisent un nouveau monde, les IAs commencent par ériger la Tour Intellart. Le premier bâtiment que les colons découvrent en arrivant, le dernier qu'ils contemplent en partant.
Ils avaient passé le seuil et de nouveau, Angus s'était figé, captivé par la démesure des lieux. La voûte s'élevait à quatre-vingt mètres au-dessus de sa tête, soutenue par vingt magnifiques colonnes de granit blanc veiné de bleu. Chaque étoile de la galaxie y figurait, flamboyante de couleur ou minuscule point lumineux sur le fond noir. Angus était tombé en extase devant la représentation, rêvant à tous ces mondes inconnus, brûlant d'apprendre à les connaître. Sa passion pour l'espace était née ce jour-là. La galaxie tournait majestueusement sur elle-même entraînant l'esprit du jeune garçon dans sa danse. Sur les hauts murs du hall gravitaient les systèmes solaires colonisés, présentant tour à tour les planètes qui les constituaient. Leurs noms et des informations diverses défilaient en lettres d'or et d'argent. Sur le sol, les plus beaux paysages d'Onyx se succédaient : plages de sable blanc, couchers de soleils sur des mers turquoises, la métropole de Véga, la vallée du Qia, des vues de l'Egarée, la plus haute chaîne montagneuse de la planète, et bien d'autres merveilles. Plusieurs galeries, garnies de balustrades de marbre blanc délicatement ouvragé, courraient tout autour du hall, à différentes hauteurs. Les visiteurs s'y pressaient pour contempler les paysages d'Onyx ou la galaxie.
Vince avait poussé Angus vers une rangée d'ascenseurs. L'un d'eux les avait menés jusqu'à mi-hauteur de l'édifice. De larges baies vitrées donnaient sur le tarmac du spatioport. De petits vaisseaux lourdement chargés en décollaient alors que d'autres, vides, s'y posaient. Ils alimentaient en matériaux et matériels divers les vaisseaux de colonisation en cours de construction dans l'espace.
— Regarde, il reste deux cent trois jours avant le prochain départ.
Vince lui avait montré les chiffres sur son bracelet. Bientôt, des Onyxiens quitteraient le monde qui les avait vus naître pour coloniser de nouvelles terres. Le cœur d'Angus s'était emballé à cette idée. Moi aussi, un jour, je quitterai Onyx.
— Il y a trois vaisseaux en préparation.
Une vue holographique du chantier s'était affichée devant eux. Les colosses de l'espace étaient si lourds qu'ils n'auraient jamais pu décoller de la planète. Ils étaient donc construits directement dans l'espace. Leurs passagers et leurs possessions les rejoindraient par navette.
— Tous les deux kilojours, une nouvelle colonie est ouverte par les IAs. Peut-être un jour, en ferons-nous partie. Cela te plairait ?
Les yeux du jeune garçon s'étaient mis à briller et il avait vigoureusement hoché la tête. Vince avait souri.
Ils avaient postulé dès le passage d'Angus à l'âge adulte, persuadés que la position du commandant au gouvernement activerait leur demande. Six hectojours plus tard, ils n'avaient toujours pas reçu de réponse. Les IAs ne prenaient visiblement pas ce genre de paramètre en considération.


L'aéro-taxi le déposa sur le toit de l'immeuble où il partageait un trois pièces avec son père. A son âge, il aurait dû vivre dans son propre appartement, mais n'en ressentait pas le besoin. Et puis obtenir le moindre logement relevait de la gageure, surtout pour un célibataire. Riel n'avait obtenu un minuscule studio que deux hectojours après sa demande. Les appartements étaient réservés en priorité aux couples avec enfants, puis sans, et les célibataires venaient loin en dernier. Les demandes pour quitter Onyx s'en trouvaient multipliées. Beaucoup rêvaient d'espace, loin de la mégalopole surpeuplée.
Vince l'attendait déjà. Ils dînèrent en tête-à-tête, parlant de tout et de rien, profitant pleinement de ces instants père-fils. A la fin du repas, le commandant sortit une bouteille d'alcool Tiekth et en servit un verre à Angus, avant de se laisser aller au fond d'un fauteuil. Angus s'affala de tout son long sur le divan. Ainsi allongé, il laissa son regard se perdre dans les volutes vertes de l'alcool. Chaque torsade avait ses propres tonalités, se mélangeant à d'autres pour se séparer l'instant suivant. Un verre de Tiekth constituait une œuvre d'art à part entière. C'était un breuvage rare et il fallait une occasion bien spéciale pour que le commandant ait débouché une bouteille, un événement plus important que leur anniversaire. Il attendit, confortablement installé, que son père prit la parole. Il ne le fit qu'au bout de plusieurs minutes.
— As-tu toujours envie de partir à la découverte d'un autre monde, Angus ?
Le jeune homme se redressa vivement.
— Ne me fais pas languir ! Notre demande a été acceptée ? Quand partons-nous ?
Le commandant sourit, amusé.
— Dans soixante-dix-huit jours. Nous sommes censés coloniser Liuce. Il nous faudra environ cent vingt jours pour nous y…
La fin de sa phrase fut couverte par le cri de joie d'Angus. Il avait jailli du canapé et poussait de vigoureux hourras. Le sourire du commandant s'élargit.
— Mais nous n'allons pas sur Liuce, ajouta-t-il, profitant d'un court répit.
Angus le fixa, éberlué.
— Nous n'allons pas sur Liuce ? Mais tu viens de me dire que notre demande était acceptée !
Son père contempla son verre de Tiekth.
— Oui, notre demande a été acceptée, et pourtant, nous n'allons pas sur Liuce.
Il releva les yeux et étudia son fils, avant de continuer.
— Nous sommes quelques-uns à penser que ce n'est pas seulement Onyx que nous devons quitter, mais également les IAs.
Angus se rassit, les sourcils froncés. Son père expliqua.
— Nous voulons gagner une planète non terraformée par Elles, loin d'Elles.
Angus le dévisageait comme s'il était devenu fou.
— Une planète non terraformée ? Sans les IAs ? Mais c'est impossible, voyons !
Vince éclata de rire.
— Tu sais bien que c'est possible, Angus. C'est toi qui suis des cours de cosmologie et d'exobiologie. Tu t'en souviens ?
Angus se renfrogna. Vince reprit son sérieux.
— Penses-tu vraiment que les IAs soient indispensables à notre survie ?
— Oui, enfin non … Mais… comment ? Jamais Elles ne nous laisseront partir. Elles ne nous laissent même pas piloter nos propres aéros, alors quitter la planète…
— Nous ne Leur demanderons pas leur avis. Pour une fois.
— Et pour aller où ? demanda Angus, perplexe.
Son père l'observa longuement, le jaugeant du regard, avant de continuer.
— Nous comptons sur toi pour nous le dire, Angus.
— Moi ? s'étrangla ce dernier.
Le commandant sourit.
— Oui, toi. Allez viens. Je t'expliquerai tout en détail une fois que nous serons là-bas.
Vince se leva, attrapa sa veste et sortit de l'appartement. Incrédule, Angus courut à sa poursuite. Deux minutes plus tard, ils étaient dans un taxi, volant vers une destination inconnue.


L'aéro-taxi les déposa dans une avenue peu animée, bordée de gratte-ciel identique à celui qu'ils venaient de quitter. Ils marchèrent sur une centaine de mètres et stoppèrent devant un immeuble que rien ne différenciait des autres. Le jeune homme, mal à l'aise, jetait des regards inquiets autour de lui, dévisageait les rares passants. Les IAs sont forcément au courant. Jamais Elles ne nous laisseront faire. Ils entrèrent. Le hall était désert. Deux robots-fauteuils se présentèrent à eux, aussitôt éconduits par son père.
— Par ici, Angus.
Il ouvrit une porte et descendit un escalier. Angus le suivit. Il connaissait l'existence de tels escaliers, mais il n'avait jamais eu l'occasion d'en emprunter. Les ascenseurs étaient bien plus rapides. Pour lui, l'aventure commença dès la première marche.
Parvenus en bas, ils franchirent une deuxième porte et se retrouvèrent au centre d'un long couloir mal éclairé. Ils avancèrent, passant devant d'autres couloirs et d'autres portes. Le commandant frappa trois puis deux coups à l'une d'elle, puis attendit. Une suite de coups lui répondit. Il acquiesça silencieusement et entraîna Angus dans un autre couloir pour stopper de nouveau. Une voix s'éleva de derrière une porte.
— Le mot de passe.
Le commandant, la bouche collée à la paroi, murmura quelque chose. Angus sourit, amusé par tant de secrets. On ouvrit et Vince franchit rapidement le seuil, tirant Angus par le bras. La porte se referma aussitôt derrière eux. Ils étaient dans une pièce nue sans aucune décoration holographique. Où sommes-nous ?
— Content de te revoir, Schein. Tout va bien ?
Vince s'adressait à celui qui leur avait ouvert, l'homme le plus maigre qu'ai jamais vu Angus. Il devait bien peser cinq ou six kilos de moins que le standard. Ses grands yeux noisette brillaient d'intelligence dans son visage émacié. Angus jeta un œil à son bracelet pour connaître son identité et hoqueta. L'écran était noir, éteint. C'est impossible. Paniqué, il hurla. Une main se plaqua sur sa bouche, faisant taire ses cris.
— Du calme ! lui intima son père. Ton bracelet est juste déconnecté. Tu n'as rien à craindre. Entendu ?
La respiration rapide, Angus acquiesça silencieusement. Son père le relâcha.
— Schein, je te présente mon fils, Angus. Angus, Schein de Qia.
L'homme lui sourit avec chaleur.
— Ca fait toujours un choc la première déconnexion.
Angus, penaud, grimaça un pâle sourire.
— Schein s'occupe de tout ce qui concerne les IAs, expliqua Vince. Et surtout de détourner leur attention de notre projet.
— Comment ? questionna Angus, interloqué. Tu peux Les reprogrammer ?
Schein éclata de rire.
— Non, je serais bien incapable de reprogrammer une IA. Je me contente de développer des programmes qui Les mettent sur de fausses pistes. Mais il n'y a pas que ça. Viens avec nous.
Les trois hommes empruntèrent plusieurs couloirs et petites pièces semblables à la première avant d'arriver dans une salle partiellement aménagée. Une trentaine de personnes y était assise sur de petits tabourets, face à une représentation holographique des plans d'occupation d'un vaisseau colonisateur. Un homme d'une quinzaine de kilojours, debout devant eux, commentait chaque portion. Angus s'étonna. Pourquoi se préoccuper de couper les bracelets alors que ce plan provient visiblement du réseau ? Les IAs n'auront aucun mal à le détecter. Schein et Vince s'assirent, imités par Angus. L'exposé tournait à présent autour de la logistique, essentiellement agricole. Le jeune homme n'y comprenait pas grand chose. Deux ou trois personnes intervinrent longuement pour donner leur avis. Angus finit par perdre tout intérêt pour le débat et laissa errer son regard. Dans un coin, il repéra une étrange petite boîte de métal mat, posée sur une table. Il n'avait jamais vu ce genre d'objet. Il jeta un œil à son bracelet éteint. Ce n'est pas lui qui me renseignera... Il dévisagea les inconnus qui l'entouraient. Qui peuvent-ils bien être ? Sans le réseau, il se sentait complètement déboussolé, mal à l'aise. Tous ces gens veulent Les quitter… Pour quelles raisons ? Il chercha des réponses sur les visages, sans en trouver. Ils ressemblaient à tous ceux qu'il connaissait. Rien de spécial n'émanait d'eux. Et moi, pourquoi voudrais-je partir loin d'Elles ? Il se souvint de toutes les conversations qu'il avait eues avec ses amis et de ses vaines tentatives pour leur exprimer son malaise à vivre dans une société où Elles régentaient tout. On avait beau lui répéter que tout y était fait pour son bonheur. Il ne se sentait pas heureux. Au contraire, il avait toujours l'impression qu'on l'avait dépossédé de quelque chose et que sa vie ne serait jamais pleinement satisfaisante.
— Crise de l'adolescence ! Tu verras quand tu seras réellement adulte ! prétendaient certains.
Il savait que ce n'était pas le cas. Il sentait confusément qu'il y avait autre chose, qu'il avait un besoin que cette société, aussi idéale fut-elle, ne lui permettrait jamais de combler : un sens à sa vie.
Schein et son père se levèrent. La réunion était terminée et la pièce se vidait rapidement. Les trois hommes se dirigèrent vers un petit groupe qui demeurait près de l'étrange boîte qu'avait repérée Angus.
— Angus, voici Krys de Rigulm. Il se charge de la logistique.
L'homme au visage sévère devait avoir dans les vingt kilojours. Il donna une puissante accolade à Angus.
— Ravi de faire la connaissance du fils de Vince.
— Eduerdo de Juikul, le responsable de nos futurs agriculteurs et éleveurs.
Les cheveux roux coupés en brosse, le visage carré, ses yeux gris vert semblaient toujours en alerte, curieux de tout. Il plut d'emblée à Angus.
— Sa femme, Marina, le secondera.
Elle était un peu plus petite que lui, ronde. Un sourire timide accentuait l'impression de gentillesse et de douceur qui émanait d'elle.
— Et Erika de la Masside, notre médecin.
L'allure sportive, la jeune femme au regard gris pâle, ne devait pas avoir plus de douze kilojours.
— Doctoresse ? s'étonna Angus.
— Je m'occuperai de soigner les malades, expliqua Erika.
Angus la dévisagea avec des yeux ronds. Un humain s'occuper des malades ? Erika éclata de rire.
— Ne sois pas surpris. Quand nous aurons quitté les IAs, il faudra complètement nous prendre en charge, et même pour les maladies.
Angus avait du mal à s'imaginer comment la jeune femme pourrait savoir ce qu'il fallait pour le soigner. Son bracelet s'en était toujours chargé. Il avait les IAs et le réseau pour cela. Son père ne lui laissa pas le temps de réfléchir plus avant.
— Maintenant que tu connais tout le monde, Angus, je vais t'expliquer ce que nous attendons de toi.
Il l'amena devant la boîte métallique. Schein était assis devant la table, et ses mains courraient sur un objet long en plastique blanc. Un clavier. Angus n'en avait jamais vu. Les touches étaient habituellement holographiques. Cela devait faire des mégajours que plus personne n'utilisait de clavier. Mais alors, la boîte de métal…
— C'est un ordinateur ? demanda le jeune homme, timidement.
Schein opina.
— Exact. Il est complètement indépendant du réseau. Je suis en train d'élaborer un programme qui nous permettra de naviguer dans l'espace, sans IA à bord. Enfin, dès que tu nous auras dégoté la planète idéale.
— La planète… idéale…
— Oui, Angus, reprit le commandant, après avoir jeté un regard noir à Schein. Nous avons décidé d'aller sur une planète non terraformée, de nous y installer, d'avoir nos propres cultures et élevages.
Il désigna Eduerdo et Marina d'un geste de la tête.
— Cela ne sera pas facile, il nous faudra déconnecter l'IA du vaisseau spatial et nous ne savons pas encore comment. Schein travaille sur un programme qui remplacera l'IA une fois qu'elle sera désactivée. Mais pour que tout cela soit réalisable, il nous faut une planète vierge et en dehors des zones prospectées par les IAs. Tu fais des études de cosmologie et d'exobiologie, et tu es la seule personne que je connaisse qui soit capable de nous trouver une planète qui pourrait nous convenir. Nous avons besoin de toi, Angus. Es-tu prêt à nous aider ?
Le jeune homme le dévisagea quelques instants, incapable de répondre. Bien sûr, il faisait des études de cosmologie et d'exobiologie mais ce n'était que pour passer le temps. Qu'arrivera-t-il si je me trompe ? Si je choisis la mauvaise planète ? Et si… ? Il baissa la tête. Son cœur battait avec force dans sa poitrine. Je ne peux pas prendre une telle responsabilité… Ce serait de la folie. Il releva la tête pour refuser. Ses yeux se posèrent alors sur le petit groupe autour de lui. Dans leurs regards, ils lisaient l'attente, l'espoir. Vince le fixait, avec l'assurance qu'il lui connaissait. Il se rendit compte qu'il ne pouvait refuser. Il ne pouvait décevoir cet homme qui lui faisait ainsi confiance. Puisant la force dans le regard de son père, il sentit lentement le doute refluer pour laisser place à la certitude. Je trouverai notre planète !
— Quand partons-nous, déjà ? demanda-t-il, innocemment.

mardi 18 mars 2008

Premier chapitre

Sepfer Buurd Beomeïs



Rapide, le lunsdum avançait de son pas dandinant dans le sombre souterrain. Son poil couleur crème virevoltait autour de lui au rythme des enjambées de ses deux longues pattes. Guidé par la lueur d'une torche, l'animal parvint à l'entrée d'une vaste pièce. Allongeant son interminable cou, il jeta un œil à l'intérieur. Le roi et un serviteur y creusaient la terre à l'aide de pelles, un trousseau de clefs posé près d'eux. Le lunsdum entra et vint frotter sa grosse tête contre la cuisse du roi, obtenant aussitôt la caresse désirée. L'animal resta un instant immobile alors que la main lui grattait le sommet du crâne. Enfin comblé, il s'éloigna et, vif comme l'éclair, saisit le trousseau de clefs entre ses dents avant de s'enfuir. Le roi jura. Lui et le serviteur poursuivirent l'animal dans les couloirs avec force cris. Le lunsdum bifurqua à plusieurs reprises pour leur échapper avant de se retrouver acculé. Pris au piège, il lâcha les clefs alors que le duo le rejoignait. Le roi récupéra le trousseau et allait sermonner l'animal de sa fille quand le serviteur l'interpella. Un coin de papier légèrement brillant émergeait du sol : une diablerie. L'instant d'après, les deux hommes avaient oublié l'animal et, fébrilement, se mettaient à fouiller la terre.




Héléa esquiva la lame de verrebois et recula hors de portée. Epuisée, elle renonça à maintenir sa garde et laissa la pointe de son épée retomber sur le sol de pierre. Ses mains, raidies depuis trop longtemps sur la poignée de son arme, réclamaient un répit. Haletante, les muscles endoloris, elle attendit l'attaque suivante, sans doute la dernière. Ses bras n'avaient plus la force de soulever la lourde lame. Elle étudia son adversaire et pesta intérieurement. Il n'est même pas essoufflé ! Bien plus fort qu'elle, la dépassant de deux bonnes têtes, il maniait son épée avec l'aisance de l'habitude. Plus rapide et surtout mieux entraîné, il avait riposté presque nonchalamment à ses assauts répétés. Il se mit à sourire, moqueur. Héléa oublia sa fatigue et releva son arme, bien décidée à ne pas laisser son frère gagner une fois de plus. Elle rassembla toute son énergie, répéta mentalement une ultime botte et bondit. Sa lame ne rencontra que le vide. Elle allait repartir à l'assaut quand on les interrompit.
— Prince Sylfin ?
Les deux combattants baissèrent leurs épées. D'un signe de tête, Sylfin invita le serviteur à poursuivre. Héléa en profita pour reprendre son souffle.
— Le roi vous mande en son bureau, Votre Altesse.
Le jeune homme hocha la tête puis, l'air malicieux, se tourna vers sa sœur.
— Eh bien, sœurette, te voilà sauvée d'une nouvelle défaite…
Héléa lui décocha un regard noir. Elle détestait ce "soeurette" dont il l'abreuvait à la moindre occasion. J'ai passé l'âge ! Agacée, elle allait lui répondre vertement quand elle aperçut la lueur taquine dans son regard. Elle ne put s'empêcher de sourire. Elle n'avait jamais su lui résister.
— J'aurais gagné ! assura-t-elle, avec une mauvaise foi affectée.
— Bien sûr, sœurette ! fit-il, taquin.
Elle afficha une moue boudeuse. Ironique, il lui fit une profonde révérence, avant de se diriger vers les arcades qui ceinturaient la cour d'entraînement. Elle le suivit des yeux, tendrement captivée. Du roi Léonic, il avait hérité les larges épaules et le port altier des souverains de Kindar. Sa mère, la défunte reine Myriana, lui avait légué sa grâce féline et le bleu profond de ses yeux. Héléa surprenait souvent les conversations de jeunes filles nobles au sujet de son frère. Il ne les laissait pas indifférentes. L'annonce de ses fiançailles avec la jeune princesse Iliane de Pérouse en avait chagriné plus d'une. Le sourire d'Héléa s'élargit. Tant mieux ! Ces péronnelles n'ont eu que ce qu'elles méritaient ! Elles lui tournent autour comme des insectes mangetouts autour d'un champ de bil mûr, mais n'obtiendront jamais aucune faveur de sa part. Je serai vengée de toutes leurs mesquineries, de toutes leurs moqueries.


A son tour, Héléa quitta la cour, faisant mine d'ignorer l'air de dégoût du serviteur. En présence de Sylfin, il s'était montré obséquieux envers elle. Le masque était à présent tombé. Héléa pressa inconsciemment le pas.
— Chimar… cracha l'homme dans son dos, assez bas pour qu'elle soit la seule à l'entendre.
Elle résista à l'envie de courir et franchit la porte menant au palais avec soulagement. Je devrais pourtant avoir l'habitude… Ce n'est pas le premier et ce ne sera pas le dernier. Un instant, elle fut tentée de demander son renvoi. Mais à quoi bon ? Un autre prendra sa place et il me regardera avec la même répugnance… Elle se sentait salie par ce regard et un furieux besoin de prendre un bain l'assaillit. D'un pas qu'elle voulait mesuré, elle prit le chemin de sa chambre.
Couloirs, salons et boudoirs, plus richement décorés les uns que les autres, se succédèrent. Le trajet qu'elle avait choisi n'était pas le plus court mais il lui évitait de rencontrer l'un ou l'autre des nombreux courtisans qui encombraient le palais. Entre leurs simagrées au regard de son statut de princesse de Kindar et leurs coups d'œils dédaigneux à celle qui était le rejeton d'une chimar, Héléa ne savait ce qu'elle détestait le plus.
Elle entrouvrit une porte, vérifia qu'aucun indésirable ne se trouvait dans les environs et se glissa dans un vaste vestibule. A sa droite, un double vantail ouvert, gardé par deux soldats, donnait sur la Galerie des Colonnes. Elle y pénétra, en catimini. A cette heure matinale, seuls quelques esthètes, venus admirer les lieux, y déambulaient. Plongés dans l'étude d'un pilier en particulier, ils ne firent pas attention à elle. Héléa s'avança dans la vaste salle, impressionnée comme toujours par la beauté des un-cinq-quatre colonnes qui se dressaient autour d'elle. Depuis plus de deux octuples années, les artisans de génie et les artistes de talents se succédaient dans la galerie pour réaliser ces colonnes. Peintes ou gravées, colorées ou sobres, de bois, de verrebois, de marbre, parées de pierres précieuses ou recouvertes de cuir, elles représentaient un éventail surprenant de l'histoire de l'art du royaume de Kindar. Héléa s'arrêta devant la colonne de Golan qu'elle appréciait particulièrement. Golan avait choisi un bois précieux aux tons roux pour la construire. Il y avait sculpté une série d'images somptueuses racontant la légende de la fondation du royaume de Kindar. Les dessins s'enroulaient autour de la colonne en partant du bas. Héléa se souvenait avec émotion du jour où, assez grande, elle avait pu lire seule l'histoire jusqu'à son terme. Songeuse, elle passa une main légère sur les renflements du bois, avant de se diriger vers l'une des gigantesques baies vitrées de la galerie.
Toutes donnaient sur les jardins du palais. Malgré sa hâte, Héléa vint coller son nez contre le carreau. De l'autre côté, prisonniers d'une vaste cage, de gracieux volatiles s'ébattaient dans un bassin circulaire. Des oiseaux chanteurs de Pérouse. Qu'ils sont beaux ! De couleur sable, le plumage des grands oiseaux s'agrémentait de plumes vermeilles. Elles dessinaient une ligne parfaite depuis l'extrémité de leur longue queue jusqu'au sommet de leur jolie petite tête où elles explosaient en une houppette flamboyante du plus bel effet.
— Sire, avait déclaré l'ambassadeur de Pérouse au roi Léonic, ces merveilles sont un ravissement pour la vue et une extase pour l'ouïe. Leurs chants sont des plus mélodieux. Sa Majesté, le Roi Fioraan, vous les offre en gage d'amitié entre nos deux peuples.
Ce présent était le préféré d'Héléa parmi tous ceux qu'avaient échangés les deux monarques pour les fiançailles de leurs enfants. La jeune fille soupira, créant une légère buée sur le carreau. Le futur mariage de son frère lui pesait. Elle craignait qu'il ne s'éloigne d'elle.
Trouvera-t-il encore le temps de me donner des cours d'escrime ? Ou même de m'écouter ? Il est le seul à qui je puisse me confier… le seul qui me soutienne face à Jarinok. Elle soupira de nouveau. Le vieux digon, premier conseiller royal, semblait n'avoir qu'une seule idée en tête en ce moment : la marier, elle aussi. Elle serra les poings. Je suis bien trop jeune pour cela ! Je n'ai que deux-huit ans ! Père ne le laissera jamais me marier de force ! Il sait que je ne veux pas l'un de ces mariages arrangés ! Pas un mariage comme Sylfin et cette fille de huit-six ans qu'il n'a jamais vue. Non, je veux un mariage d'amour ! Un mariage comme mon père l'a connu avec ma mère. Si Jarinok n'était pas si buté !
Elle trembla de rage contenue. Le vieil homme lui inspirait une profonde répulsion et elle l'imaginait aisément prêt à toutes les perfidies pour parvenir à ses fins. Froid et calculateur comme tous les digons, il ne concevait les existences des enfants royaux qu'en possibilités d'alliances. Sa dernière trouvaille était de lui faire épouser un certain Barek Padaan, un arriviste. Avec ses troupes de barbares, il avait mis les farouches terres du Rogor au pas, réussissant là où tant d'autres avaient échoué, et s'était proclamé prince des lieux. Les rumeurs les plus contradictoires courraient à son sujet. On l'accusait d'avoir commis les pires crimes pour se hisser sur le trône du Rogor tout en louant son intelligence et sa prestance. On le disait fils d'un riche commerçant ou bâtard de quelque duc. Mystérieux, il envoûtait ou rebutait. Héléa avait fini par comprendre qu'on ne savait rien de sûr à son sujet.
Elle avait eu l'occasion de le rencontrer. C'était un homme d'environ quatre huitaines d'années, de belle allure, aux traits fins, aux cheveux aussi noirs qu'une nuit sans lune. Il aurait pu lui plaire si son regard n'avait croisé le sien. La froide cruauté qu'elle avait lue dans ses yeux sombres l'avait laissée pantoise. Jamais je n'épouserai cet homme ! Jarinok aurait beau prétendre qu'il était le parti le plus intéressant et de surcroît le seul à bien vouloir épouser une fille de chimar, qu'il avait conquis ses lettres de noblesse en réussissant le tour de force d'unir le Rogor réputé ingouvernable, rien n'y ferait. Jarinok n'arrivera pas à se débarrasser de moi ainsi !
Elle savait bien ce que recherchait le premier conseiller royal : faire disparaître toute trace de son existence, faire oublier à tous qu'elle était la descendante d'une chimar et du roi Léonic. Il prétextait le bien du royaume mais Héléa n'était pas dupe. Le visage du vieil homme restait de marbre, mais elle était persuadée que derrière son masque impassible de digon, il ressentait une vive répulsion à son égard. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les digons faisaient partie intégrante de l'Ordre de Zahulam qui avait de tous temps poursuivi les chimars pour les éradiquer. Pour eux, toute malformation physique, même mineure, toute faculté qui sortait de l'ordinaire, constituait une mûthie, et une mûthie faisait de vous un chimar. Il fallait dès lors vous occire, vous renvoyer dans les Sept Enfers, votre véritable place. Tous ceux qui s'opposaient à cette vision étaient considérés comme hérétiques et finissaient sur un bûcher ou au fond d'un cachot.
Face au Vénéré, dirigeant de l'Ordre de Zahulam, seul le roi Léonic osait tenir tête. Il prônait la tolérance, avait créé un marché spécifique aux chimars, et refusait d'imposer la revue des nouveau-nés, cette pratique qui voulait qu'un compan, le ministre du culte de Zahulam, vienne vérifier que l'enfant était normal à la naissance. Beaucoup de parents continuaient malgré tout à demander la présence du compan lors des accouchements. Les anciennes coutumes avaient la vie dure. De fait, peu de chimars résidaient à Parsie. Ils préféraient la forêt de Myolphis, toute proche, et ses clans chimars à la capitale kindarienne, quand ils ne se donnaient pas eux-mêmes la mort, ne pouvant supporter le regard des autres. Héléa ne comptait pas s'exiler ou se suicider, ni même se marier avec un homme qu'elle n'aimait pas. Même si elle descendait d'une chimar, elle n'en était pas une. Elle ne présentait aucune mûthie. Jarinok pouvait argumenter autant qu'il le voulait, elle était décidée à ne pas se laisser faire par le conseiller royal.


Héléa s'arracha à la contemplation des oiseaux et reprit la direction de ses appartements. Elle ne put néanmoins s'empêcher de faire un petit détour par le bureau de son père. Il n'avait pas fait mander Sylfin pour rien. Qu'est-ce qui peut bien se tramer derrière ces murs ? On l'avait tenue dans l'ignorance mais la tension nerveuse de son père et de son frère ne lui avait pas échappée. Est-ce que cela a un rapport avec moi ? Il ne s'agit pas de me marier, j'espère ! A cette idée, la colère l'envahit. Elle se dirigea vers le bureau. Elle allait ouvrir la porte sous l'œil interloqué des gardes quand elle entendit des pas à l'autre bout du couloir : des visiteurs pour le roi. Réalisant un peu tard que son père n'apprécierait pas de la voir où elle n'avait rien à faire, elle se jeta dans une embrasure pour échapper aux regards des arrivants. Les gardes échangèrent un coup d'œil intrigué, avant de reprendre leur attitude stoïque. Nerveuse, Héléa pouffa. Elle pencha légèrement la tête en dehors de sa cachette et vit un cortège de huit novices et deux digons s'avancer. De simples robes blanches habillaient les premiers. De lourdes robes orange vif aux larges épaulettes triangulaires et au haut col montant engonçaient les seconds. Quatre novices portaient une litière. Le plus âgé des deux digons y reposait, allongé au milieu de coussins. Ses cheveux longs intriguèrent Héléa par leur blancheur laiteuse. Elle avait rarement eu l'occasion de voir un homme aussi vieux. Ainsi alité, il paraissait fragile et pourtant, une grande force émanait de son regard gris clair. A ses côtés, marchait le jeune digon. Il devait avoir trois huitaines d'années. Héléa l'observait quand il tourna la tête vers elle. Leurs regards se croisèrent. Elle se rejeta en arrière, parcourue par un frisson glacé. Elle sentait toujours le regard de ses yeux presque rouges sur elle. Peut-il me voir à travers le mur ? Elle entendit qu'on annonçait la présence des visiteurs et Jarinok vint leur souhaiter la bienvenue. Elle attendit encore quelques instants et sortit de sa cachette, pour se retrouver face à face avec le jeune digon. Un sourire mauvais déformait son visage de pierre. Héléa se figea sous le regard de feu, incapable du moindre mouvement, le souffle coupé. Il la détailla longuement des pieds à la tête, semblant la jauger, puis entra dans le bureau de son père. Héléa se remit soudain à respirer et se précipita vers sa chambre.


Elle referma le battant derrière elle avec soulagement. Sa femme de chambre, Hyacinthe, l'accueillit avec un grand sourire.
— Votre bain est prêt, Princesse.
Héléa retira la jupe-culotte et la veste de cuir qui la protégeaient durant les entraînements à l'escrime, puis ses vêtements, poisseux de sueur, dénoua ses longs cheveux noirs et entra dans la salle d'eau où l'attendait un bain très chaud, comme elle les aimait. Elle se plongea avec délice dans l'eau parfumée et laissa ses muscles endoloris se dénouer alors que son esprit glissait vers une douce torpeur. L'eau était encore chaude quand sa jeune servante, Leyla, lui présenta une serviette. Elle frictionna longuement Héléa puis l'invita à regagner sa chambre. Dans le plus simple appareil, Héléa se tint devant le miroir en pied alors que Hyacinthe entreprenait de la peigner. C'est l'instant que choisit Luïs pour pénétrer dans la pièce. Héléa ressentit son approche avant même de l'apercevoir. "Agréable. Ventre plein." émanait de lui. Héléa tourna légèrement la tête et vit l'animal aux longs poils blancs toujours ébouriffés se diriger vers elle de son pas dandinant. Sa grosse moustache rouge était relevée de contentement. Ses grands yeux mauves, cachés en partie par son abondant pelage, pétillaient de malice.
— Toi, tu as encore été t'empiffrer en cuisine, lui dit-elle, amusée.
La gloutonnerie des lunsdums était proverbiale et Luïs ne dérogeait pas à la règle. Son corps rond, coincé entre un cou élancé et deux longues pattes, ne semblait pourtant pas capable de contenir tout ce qu'il avalait. Il faisait à peine un pas et demi de haut.
—Tu n'as pas honte ? lui murmura-t-elle, souriante. Anla va encore me reprocher ta mauvaise éducation et elle finira par t'interdire l'accès aux cuisines.
Il vint frotter sa grosse tête hirsute contre sa jambe, gazouillant. Elle éclata de rire.
— Je devrais te gronder…
Elle se baissa, attrapa le gras des bajoues entre ses doigts, l'attira à elle tendrement et embrassa son front avant de le relâcher.
Leyla, les bras ballants, contemplait Luïs, émerveillée. Quand il vint vers elle, elle se mit à pousser de petits cris de joie et Héléa crut qu'elle allait s'évanouir de bonheur quand il farfouilla dans ses poches en quête d'une friandise. La servante tendit la main vers l'animal, stoppa son geste, indécise, et regarda autour d'elle, l'air béat, comme si elle ne pouvait croire à ce qui lui arrivait. Héléa la rassura d'un sourire. Enfin, Leyla osa poser sa main sur la tête de l'animal et le caressa. Héléa ferma les yeux. Le puissant lien empathe qui la liait à Luïs lui renvoyait les sensations du lunsdum. Frissonnante, elle laissa la vague de bien-être l'envahir, désirant que cette caresse ne cesse jamais.
— Il est bientôt temps de retrouver mestre Adler pour votre cours, Princesse.
La chaude voix de Hyacinthe la ramena à la réalité. Elle soupira autant pour la fin d'une aussi agréable sensation que pour le cours à venir. Apprendre les us et manières de tous les royaumes, empires et républiques présentes aux épousailles de son frère ne la passionnait guère. Elle prit une mine boudeuse.
— Tu le feras avertir que je suis… indisposée.
Le sourire de sa femme de chambre disparut.
— Mais, Princesse…
Héléa l'empêcha de continuer d'un geste de la main.
— Il faut que j'aille sur le marché trouver un cadeau adéquat pour le mariage de mon frère.
Avant que Hyacinthe ne puisse protester, Héléa se dirigea vers la toilette qu'on lui avait préparée : une robe ouvragée à la jupe ample qui convenait parfaitement pour les différentes révérences que voudrait lui apprendre Adler mais certainement pas pour un tour sur le marché de Parsie.
— La tenue habituelle sera parfaite.
Le visage fermé, Hyacinthe fit mine à Leyla de sortir les vêtements : pantalon, chemise et manteau. Dénués de toute ostentation, de coupe et de facture courantes, ils permettaient à Héléa de sortir incognito du palais et de se mouvoir comme n'importe qui en ville. Aidée de Leyla, elle les enfila prestement alors que Luïs sortait de la salle d'eau, des gouttes perlant aux poils de sa moustache rouge. Il adorait jouer avec l'eau et en avait visiblement trouvé un fond. Cela fit sourire Hyacinthe.
— Heureusement que nous avions vidé la baignoire…
Héléa s'assit devant sa coiffeuse, alors que sa femme de chambre entreprenait de la coiffer. Songeuse, Héléa se mit à jouer distraitement avec la broche d'ornica de sa mère. Le bijou demeurait sur le plateau devant le miroir, à l'endroit même où l'avait laissé Anisiandre quatre ans plus tôt, avant de quitter le palais. Avant de disparaître… Personne ne savait ce qu'elle était devenue, ni même si elle était partie de son plein gré. Héléa aimait penser que sa mère avait agi par nécessité, qu'elle les avait abandonnés, elle et son père, pour effectuer quelque noble action qu'elle était seule à pouvoir mener à bien ou… Jarinok l'a forcée à partir. Il a fait pression sur elle en menaçant de me faire du mal et elle est partie pour me protéger. Oui, elle est partie par sa faute. Le digon avait été le premier à s'opposer à l'union de ses parents.
— C'est une union contre nature ! avait-il péroré. Un roi ne peut épouser une chimar !
Et il avait eu gain de cause. Sous la menace d'une exclusion de l'Ordre de Zahulam et la pression de ses vassaux, décidés à rompre leur serment d'allégeance, Léonic avait renoncé à épouser Anisiandre. Il en avait fait sa première concubine. Cela avait suffi pour que des révoltes populaires éclatent dans le royaume, sous la houlette des compans kindariens, gardiens des temples de Zahulam. Elles avaient été contenues d'une main de fer par les troupes royales. Des récoltes d'une richesse inhabituelle avaient fortuitement calmé les esprits. Privé de la vindicte populaire, le Vénéré avait dû faire marche arrière. Il prétexta son amitié pour le roi Léonic et déclara ne pas douter un instant que ce dernier recouvre bientôt la raison.
Jarinok restait persuadé que son suzerain était sous l'emprise d'une mûthie d'Anisiandre. Il la fit surveiller jour et nuit sans jamais découvrir la moindre preuve. Il ne changea pas d'opinion pour autant. Quand Anisiandre tomba enceinte, le digon voulut la faire avorter. Le roi s'y opposa. Il voulait que l'enfant vive et soit reconnu comme son descendant. Cette grossesse chimar ébranla le royaume et Léonic faillit une nouvelle fois perdre son trône. A la naissance d'Héléa, Jarinok réclama qu'elle soit occise sur-le-champ alors qu'elle ne présentait aucune mûthie.
— Il n'y a pas d'autre solution, Sire, avait dit le digon. On ne peut laisser vivre cette chose. Qui sait ce qu'elle pourrait devenir en grandissant ? Elle est l'enfant du péché, la fille des Sept Enfers.
— Héléa est le fruit de l'amour, avait tonné Léonic, furibond. Elle est ma fille et non celle des Sept Enfers ! Et si je vous entends encore une fois proférer de telles sornettes, je me passerai de vos conseils ! Me suis-je bien fait comprendre ?
Les murs du palais avaient, dit-on, tremblé sur leur base à ces mots. Jarinok était resté coi. Le roi avait mandé ses vassaux.
— Personne ne tuera ma fille. Personne ne tuera plus jamais aucun chimar humain à sa naissance dans le royaume de Kindar. C'est une barbarie et il est temps que cela cesse !
Il existait trop de tension entre les ducs pour qu'ils fassent front commun contre leur suzerain. Beaucoup l'admiraient malgré sa récente lubie pour les chimars. Ils obtempérèrent ou firent mine de le faire, laissant les massacres des bébés chimars perdurer sur leurs terres, attendant que leur roi retrouve ses esprits. Anisiandre finit par partir, sans doute incapable d'endurer davantage le regard de reproche et de dégoût de tous ceux qui l'entouraient, nobles ou serviteurs, ce même regard qui pesait chaque jour sur Héléa.
Héléa fixait tristement le bijou quand elle sentit sous sa main les longs poils soyeux de Luïs. Il la regardait avec un air misérable. Elle se pencha vers lui, enfonça son visage dans la toison de son cou. Une onde de bien-être monta aussitôt en elle, balayant sa tristesse.
— Heureusement que tu es là, Luïs… lui dit-elle en déposant un léger baiser sur son front.
Grâce à lui, on la voyait moins comme une pestiférée. Sa présence faisait oublier la fille de chimar. On voyait en elle l'adoptée d'un lunsdum. Plus sereine, elle se redressa, laissant Hyacinthe finir de natter ses cheveux. Dans le miroir, elle pouvait voir Luïs fureter un peu partout, cherchant à l'amuser. Elle ne put s'empêcher de glousser quand elle le vit mettre sa grosse tête pour une énième fois dans un coffre que tentait vainement de ranger Leyla. Hyacinthe lâcha la brosse pour venir à la rescousse de la jeune fille qui n'osait pas s'opposer à la créature mythique. Avec délicatesse mais fermeté, l'ancienne repoussa le lunsdum et prit un air fâché.
— Si tu le laisses faire, tu n'arriveras jamais à terminer ton travail. Il est adorable mais il ne faut pas qu'il t'envahisse, expliqua Hyacinthe à la jeune fille.
Mais Leyla ne l'écoutait pas. L'air bête, elle souriait en regardant le lunsdum. Celui-ci, penaud, courut se réfugier dans les bras de la princesse. De la jalousie transparut sur le visage de la jeune servante. Héléa en avait l'habitude. C'était une chance incroyable d'être adopté par un lunsdum et beaucoup ne comprenaient pas que cela arrive à une fille de chimar.


Enfin prête, Héléa jeta une cape sur ses épaules et, Luïs sur les talons, emprunta les couloirs réservés à la domesticité pour sortir du palais. Plus personne ne s'étonnait de l'y croiser. Elle évitait ainsi les courtisans mais surtout ses précepteurs. Elle n'était pas une élève assidue. Ce qu'on essayait de lui inculquer lui semblait dénué de tout intérêt, bien trop éloigné de la réalité. On lui parlait des réalisations de ses ancêtres, des gens qui étaient morts depuis des octogis d'années, de lointains pays aux coutumes bizarres où elle n'irait jamais, de peintures et de musiques. On la forçait à lire des livres poussiéreux sur lesquels elle s'endormait, dès les premières lignes. Seul son frère la comprenait. Ils parlaient pendant des heures de la politique du royaume, des manies étranges des ambassadeurs des royaumes et républiques voisins, de tactiques militaires. Seul Sylfin avait accepté de lui apprendre le maniement de l'épée, lui avait fait confectionner un costume de cuir souple pour les entraînements. Avec lui comme précepteur, jamais elle n'aurait raté un cours.
Elle ouvrit la petite porte qui donnait sur l'extérieur. Après un bref regard aux alentours, elle s'élança vers les jardins qui ceinturaient le palais. Ils étaient connus au-delà du royaume pour leur magnificence. Les plus grands maîtres jardiniers y rivalisaient d'ingéniosité et de talents. Héléa aimait s'y promener au petit jour ou au crépuscule, loin de l'agitation. Fleuris dès l'arrivée du printemps jusqu'à la fin de l'automne, ils offraient un merveilleux kaléidoscope de couleurs et des octuples de parfums raffinés. On venait y voir les plus beaux spécimens de plantes, les plus rares également. Les jardiniers les faisaient venir des coins les plus reculés du monde connu. Héléa sourit au souvenir de l'épisode des lézards-corolles. Ces reptiles provenaient des marais de Pilleman. Debout sur leur longue queue fine, ils ouvraient leur grande collerette colorée et restaient immobiles, bouche ouverte, embaumant l'air de leur parfum. Les insectes trompés croyaient avoir affaire à une fleur et, aussitôt posés, étaient goulûment gobés. Les jardiniers ignoraient qu'il existait plusieurs espèces de lézards-corolles. Les premiers qu'ils reçurent le leur apprirent à leurs dépends. Ils empestaient. Un deuxième arrivage plusieurs sezaines plus tard apporta les reptiles tant désirés et les fautifs furent recueillis dans les jardins de nobliaux plus préoccupés de leur prestige que de l'odeur nauséabonde. Un cadeau royal ne se refusait pas. Il se montrait.
Héléa parvint au fleuve Gundila dont les eaux tumultueuses encerclaient l'île sur laquelle reposaient le palais et ses jardins. Un long pont permettait de rejoindre la ville. A chacune de ses extrémités, se dressait une tour de pierres blanches de trois-huit pas de haut. Une plus petite en occupait le centre. Chaque tour surmontait une arche conçue pour être fermée des deux côtés par d'épaisses doubles portes de bois. Durant les guerres, elles ralentissaient les attaques ennemies. En cette période de paix, seule l'arche la plus proche du palais était effectivement munie de quatre lourds battants. Les deux autres ne possédaient plus que les gigantesques gonds. Du haut de la tour du palais, des archers veillaient. De leur position, ils avaient une vue complète sur le pont et le fleuve qui s'étendait à leurs pieds. On disait le pont infranchissable et il l'avait maintes fois prouvé.
Une barrière séparait le pont en deux sur toute sa longueur. On ne mélangeait pas les nobles et les roturiers. Du côté roturier, une petite file de gens du peuple avançait lentement, au gré des autorisations d'entrer des gardes du palais. Comme tous les sepfer, ils venaient demander audience au souverain pour le lendemain, jota, pour leur seigneur ou pour eux-mêmes. Héléa prit inconsciemment le côté destiné au noble. Elle n'y croisa que de rares passants et se contenta d'un bref signe de tête pour les saluer.
Elle accéléra le pas, pressée d'atteindre le marché. Elle aimait particulièrement les lieux et l'anonymat qu'il engendrait. Dans la cohue, elle pouvait se fondre dans la foule. Personne ne la remarquait, ne voyait en elle une princesse ou une fille de chimar. Elle n'était rien de plus qu'une cliente potentielle. Elle y était libre. C'est pour cela qu'elle y venait depuis qu'elle était enfant. Il n'y avait eu qu'une époque où ses visites s'étaient faites rares, juste après son adoption par Luïs. Fréquenter le marché avec un lunsdum n'était pas chose aisée. Elle le gardait près d'elle et sa présence suffisait à ce qu'on la reconnaisse. Elle n'était plus en sécurité. Elle avait bien tentée de le cacher sous sa large cape mais, curieux, il sortait la tête pour voir ce qu'il se passait et gazouillait de plaisir, attirant l'attention sur eux. Finalement, elle l'avait laissé gambader comme il le désirait. Il avait tant à voir et à faire avec les badauds qui s'arrêtaient pour le caresser, lui donner à manger ou juste l'admirer, qu'il revenait rarement auprès d'elle. Elle pouvait alors déambuler à sa guise.
Elle se retourna pour vérifier que nul ne la suivait. Il arrivait encore fréquemment que son père la fasse surveiller par l'un ou l'autre des gardes royaux, pour sa sécurité. Elle ne vit rien d'autre que la masse blanche du palais au milieu des jardins irisés, eux-mêmes entourés du large lacet bleu du fleuve Gundila. Héléa admira un instant le panorama, démonstration de la puissance des rois de Kindar, puis pénétra dans le marché.
Aussitôt, elle fut cernée par les bruits et les odeurs, les couleurs et la foule. De tous côtés des gens se pressaient contre elle, la bousculaient, pour atteindre les étals. Par-dessus le mugissement, elle pouvait entendre les marchands haranguer les badauds. Luïs collé contre ses jambes, elle progressait lentement dans la cohue. Elle aimait cette lutte solitaire qu'elle livrait pour se frayer un chemin au sein de la masse. Elle ne faisait qu'un avec tous ces gens qui ne la reconnaissaient pas. Comme eux, elle se faisait apostropher par les vendeurs qui lui proposaient de goûter leurs produits : des fruits venus tout droit des pays lointains du Sud au nom imprononçable et qui fondaient dans la bouche en y laissant des notes acidulées ; des citrons bleus de l'île de Gaal que les novices de l'Ordre cultivaient et dont ils faisaient une bière légère délectable ; des fruits de l'arbre rouge de Cromzick à la chair blanche et sucrée, dont on faisait des tartes délicieuses ; des légumes aux formes et aux couleurs innombrables, du vert des tomos au rouge vif des asperges de mer à la chair délicate ; des petits choux dorés aux longues tiges, qu'on mettait dans les soupes, jusqu'aux énormes melons jaunes rayés de brun, que le vendeur découpait en grandes tranches ovales et que l'on dégustait tout en marchant.
Héléa quitta le marché des fruits et légumes et traversa à vive allure celui des poissonniers, bouchers et autres charcutiers. Attiré par l'odeur alléchante, Luïs s'éloigna pour aller flairer des saucisses qui pendaient d'un étalage. Le vendeur, ravi, lui donna quelques morceaux de saucissons secs. Aussitôt, une cohue se fit autour de l'étal. Chacun voulait un morceau de ce qu'avait mangé le lunsdum. Luïs rejoignit Héléa, la moustache frémissante. Dédaignant le quartier des tisseurs, elle pénétra dans celui des tanneurs, et s'intéressa à différentes pièces de cuir. Elle traversa ensuite la vaste zone de bétail. Au loin, elle pouvait voir le marché aux chimars. C'était l'endroit que leur avait octroyé son père pour vendre leurs maigres talents. Les chimars y étaient rares, les acheteurs encore plus.
— Vous z'êtes perdue, M'dame ?
Elle s'était arrêtée et, perdue dans ses pensées, n'avait pas vu le jeune garçon s'approcher d'elle.
— J'peux vous mener où q'vous voulez, M'dame. J'connais tous les bons coins d'la ville, reprit-il.
Héléa lui donnait tout juste huit-deux ans. Elle refusa l'invite d'un signe de tête ponctué d'un sourire et se remit en marche. Le gamin apostropha un homme un peu plus loin et en échange de quelques gouttes d'ambre noir, lui proposa de lui montrer le chemin de son auberge. Après un instant d'hésitation, l'étranger lui tendit les gouttes réclamées et le suivit. Le garçon avait l'air honnête, mais Héléa se demanda si l'homme arriverait à destination. Il n'était pas rare sur le marché de Parsie et surtout dans cette partie, assez riche, de tomber sur de jeunes enfants qui, sous prétexte de vous servir de guide, vous emmenaient dans les bas-fonds. Là-bas, ils rejoignaient un grand frère ou un vague parent qui raflait le contenu de votre bourse. Mieux valait ne pas résister si vous ne vouliez pas finir la gorge tranchée, au fond d'une impasse. La garde de la ville était impuissante. Elle tentait bien de refouler les enfants, mais il y en avait toujours quelques-uns qui parvenaient dans les beaux quartiers, en se mêlant à la cohue.
Derrière la zone du bétail se trouvait le quartier des saltimbanques, qui regroupait toutes les animations du marché : jongleurs, cracheurs de feux, lutteurs ou encore comédiens. Il y avait même parfois des spectacles de marionnettes. Héléa y allait souvent quand elle était plus jeune. De l'autre côté se trouvait le marché des objets rares et précieux : bijoux en ornica ou en fer, perles de la Grande Mer de l'Est, mais aussi animaux exotiques et lunsdums. Leur capture et leur vente étaient particulières.
En réalité, on ne les capturait pas. Ils se présentaient d'eux-mêmes. De grandes caisses étaient disposées en bordure de la forêt de Myolphis, à l'ouest de Kindar. Un lunsdum venait parfois s'y installer. L'un des deux chasseurs accrédités par le roi le ramenait alors pour le vendre sur le marché. C'était certainement ainsi que Luïs était arrivé en ville. Héléa lui gratta délicatement le sommet de la tête. Face à eux, au centre d'une large place, se trouvait la tente dans laquelle Héléa avait été adoptée.


La rumeur courrait alors dans le palais qu'un lunsdum se trouvait en ville. Héléa, âgée de huit-quatre ans, n'avait su résister à l'attrait d'apercevoir l'animal fabuleux. On disait des lunsdums qu'ils constituaient de véritable porte-bonheur et qu'ils changeaient radicalement la vie de leurs adoptés. Héléa en avait grand besoin. Sa mère venait de disparaître et si quelqu'un pouvait aider la jeune princesse à la retrouver, c'était bien un lunsdum. Malgré l'interdiction de son père, Héléa se rendit donc en ville en empruntant l'un des nombreux couloirs qui serpentaient sous le palais. Ils formaient un vaste labyrinthe souterrain et le roi craignait qu'elle ne s'y perde. Cela amusait Héléa et elle les fréquentait autant par curiosité que par esprit de contradiction. Une fois en ville, elle se précipita sur la place où se tenait la vente des lunsdums. Là, des dizaines de badauds, curieux de voir un lunsdum, se pressaient autour d'une tente. Plusieurs gardes les tenaient à l'écart, ne laissant pénétrer sous la toile tendue que ceux qui pouvaient payer. Essayer de se faire adopter par un lunsdum coûtait cher, très cher. Il fallait posséder plusieurs gouttes d'ambre jaune, échangées contre une rapide mise en contact avec l'animal. Ce dernier adoptait ou pas le client durant cette rencontre. Au bout d'une huitaine, si le lunsdum n'avait choisi personne, il était libéré en ville. Les plus pauvres espéraient qu'à sa libération, c'est l'un d'entre eux que l'animal adopterait. En général, le lunsdum ne faisait ce cadeau à personne et, au bout d'un temps, repartait vers la forêt.
Héléa se força un passage jusqu'aux premiers rangs, pestant à voix basse contre ce dadais de Gurlin. Le géant faisait partie de la garde princière imposée par son père et Héléa ne savait trop comment, malgré ses airs balourds, il parvenait toujours à la retrouver où qu'elle aille. Elle lui jeta un regard noir avant de se concentrer sur la tente et surtout le rabat qui en protégeait l'accès. Elle escomptait y voir l'animal légendaire mais son espoir fut déçu. Elle s'apprêta à quitter les lieux quand un esclandre se déclencha entre deux clients. L'attroupement se déplaça en direction des cris. Héléa en profita pour contourner discrètement la tente. Le garde n'avait d'yeux que pour les coups échangés par les deux protagonistes. Héléa rampa sous le tissu jusque dans la tente. Il faisait sombre à l'intérieur. Héléa progressa lentement, écarquillant les yeux pour distinguer quelque chose, attendant que ses yeux s'habituent à la faible luminosité. Soudain, une ombre plus claire bougea devant elle. Héléa stoppa puis se rapprocha doucement du lunsdum. Une joie ineffable s'empara d'elle. L'image d'une petite fille encapuchonnée s'imposa à son esprit avant de s'estomper. Avec retard, elle réalisa qu'elle venait de se voir elle-même au travers des yeux de l'animal. Il était venu vers elle de son pas chaloupé et avait placé sa grosse tête sous sa main. Radieuse, elle le caressa avec douceur, sans se rendre compte qu'elle venait d'être adoptée. Sous son crâne, se déversa alors un maelström d'impressions contradictoires. Des rires et des larmes lui échappèrent avant que la tempête ne s'apaise enfin en elle. Seul resta le nom de "Luïs". Héléa sourit et plongea son regard dans celui du lunsdum.
— Luïs, murmura-t-elle, avec amour.
Elle serait restée ainsi, le lunsdum contre sa hanche, pendant des heures mais le rabat s'ouvrit brusquement et un garde fit intrusion. Il sortit brutalement la jeune fille de la tente.
— Sors d'là, espèce de p'tite garce !
Le marchand ayant vu le lunsdum suivre la jeune fille comprit ce qui venait de se produire. Furieux, il hurla.
— Qui va me payer, maintenant ?
D'une main forte, le garde la maintenait en l'air par le devant de son vêtement et leva la main pour la gifler, l'air mauvais.
— Lâchez-la, ordonna une voix.
Karil Gaarin ! Héléa n'en croyait pas ses oreilles. Le capitaine de la garde royale allait la tirer d'affaire. Elle se débattit pour échapper à la poigne de l'homme.
— Elle m'a volé ! aboya le marchand.
— Je vous ai dit de la lâcher… dit Karil, sur un ton lourd de menaces.
Le commerçant fit un signe à son garde. Ce dernier ouvrit la main, laissant tomber Héléa sur les pavés. Le capitaine s'avança vers la fillette.
— Tout va bien ?
Héléa répondit d'un hochement de tête, les yeux embués de larmes. Gurlin la prit tendrement dans ses bras et elle se mit à sangloter, soulagée de voir les hommes de son père. Karil fit face au vendeur et son garde.
— La garde royale protège les voleurs, à présent ? vociféra le marchand, frustré, prenant l'attroupement à témoin. C'est du propre !
Se rapprochant du capitaine, il ajouta, plus bas.
— C'est qu'elle me doit un paquet de gouttes la gamine !
Karil, le regard glacial, le visage dur, fronça les sourcils.
— Combien, au juste ?
— Eh eh… si la garde royale rembourse les vols, cela change tout !
Le marchand se mis à calculer.
— J'avais encore le droit à cinq enchères. Les clients étaient là… prêts à entrer sous la tente. Cela fait dans les huit-deux jaunes.
L'indignation se peignit sur le visage de Karil. La somme demandée était faramineuse, même pour un lunsdum. L'homme avait compris qu'il tenait là une belle occasion de remplir son porte-gouttes et il en profitait outrageusement.
— Je n'ai pas une telle somme sur moi, déclara Karil, Mais accompagnez-nous, vous serez payé.


Héléa n'avait jamais su combien le marchand avait touché pour Luïs. Son père était entré dans une colère noire et la jeune fille s'était assagie quelques sezaines, attendant que le calme revienne. La présence du lunsdum l'y avait grandement aidée. Elle n'avait guère quitté ses appartements, passant la majeure partie de son temps à approfondir et maîtriser les liens empathiques entre elle et Luïs. Elle avait mis du temps à revenir sur le marché. Elle avait eu si peur ce jour-là. Sans l'intervention des gardes royaux, elle n'osait imaginer ce que le marchand lui aurait fait. Elle était protégée alors… Mais à présent… L'enfance était bel et bien terminée.